Editos
Faut-il refonder la chirurgie dentaire libérale ?
À l’image de la mission sur la refondation de la médecine libérale mise en place parle Président de la République, faut-il réfléchir à l’avenir de la chirurgie dentaire libérale ?
Nous pensons que oui, car nous osons dire que cette pratique est en crise : tous les indicateurs montrent que l’exercice libéral ne fait pas recette. Un grand nombre de cabinets ferment, faute de repreneurs, et nos jeunes diplômés pensent plus à poursuivre leur carrière étudiante et un exercice salarié qu’à s’engager dans un exercice libéral, qui leur apparaît beaucoup trop compliqué. Déjà, nous voyons apparaître des déserts dentaires où les praticiens en exercice ne peuvent plus faire face à la demande des patients.
Comment redonner de l’attractivité à notre exercice libéral ?
En tout premier lieu, il existe une responsabilité : celle de nos femmes et hommes politiques qui doivent cesser devoir la santé libérale comme un poids économique ou un boulet social qui creuse les Comptes de la nation. Comprendront-ils un jour que «tayloriser» la santé a ses limites ?(...)
(...) Que le facteur humain ne se met pas en équation? Que casser l’offre de soins par une politique comptable ou de déqualification ne résout pas la demande de soins et de prévention de nos patients ?
Accepteront-ils un jour de considérer que le secteur de la santé est un moteur économique et un ciment social ? Et donc digne de respect.
En deuxième lieu : arrêter le «colbertisme» qui engendre rigidité et omnipotence de l’État, qui tue toute dynamique libérale et étouffe la prise de risques.
En troisième lieu : recréer avec l’Uncam les conditions d’un dialogue constructif fondé sur des relations conventionnelles rénovées, qui passent par la confiance, le respect et la volonté d’aboutir de la part de notre partenaire, à des accords gagnants-gagnants.
Loin de penser qu’il ne faut rien changer, nous sommes persuadés au contraire que le pouvoir politique doit adapter les actes aux discours et surtout, ne pas vouloir tout et son contraire. Pour cela, il faut renouer le dialogue avec les professions de santé libérales.
Marie-Françoise Gondard-Argenti
Vice-présidente
Surdité chronique
L’Union nationale des professions de santé (UNPS), créée par la loi portant réforme de l’Assurance maladie du 13 août 2004, regroupe 26 organisations syndicales de professionnels de santé dont la CNSD. Elle examine annuellement un programme de concertation avec l’Uncam et l’Unocam, et est chargée de négocier avec l’Assurance maladie un accord-cadre interprofessionnel. De la même façon, c’est à l’UNPS que sont envoyés pour avis, les décrets d’application de loi HPST parmi lesquels des projets de textes réglementaires relatifs au Développement professionnel continu (DPC), et aux Unions régionales de professionnels de santé (URPS).
C’est ainsi qu’après avoir fait le constat qu’aucune de ses propositions n’avaient été retenues, l’UNPS a suspendu depuis mi-décembre sa participation au cycle de concertation consacré aux textes d’application de la loi.
Nous assistons à un phénomène récurrent depuis quelque temps, qui voit le gouvernement tenter de faire passer en force des mesures dont on peut légitimement douter de l’intérêt et de l’efficacité tant pour les patients que pour les professionnels de santé. (...)
(...) Dernier exemple en date : la vaccination de la grippe H1N1, où, pour avoir ignoré les médecins libéraux, on a abouti au résultat que l’on sait.
Ceci pose le problème de la place du syndicalisme en général qui n’est plus entendu, et du nôtre en particulier qui est méprisé. En effet, cela fait des années que nous dénonçons les blocages dans le secteur de la Santé, pour qui avant, pendant ou après la crise, c’est toujours «ceinture», alors que l’exercice libéral, de la médecine comme de la chirurgie dentaire, a démontré depuis longtemps son savoir-faire et son efficacité.
S’il est une chose que le gouvernement devrait entendre, c’est le mécontentement grandissant des professionnels de santé libéraux qui en ont assez de voir les conventions bafouées, et le partenariat dénaturé. Individualistes par nature, ils trouvent au sein de l’UNPS une structure où chacun prend la mesure du verrouillage appliqué à tous. Au moment où le gouvernement, atteint de surdité chronique, lance un plan de cinq ans en faveur des sourds et des malentendants, les professionnels de santé lui conseillent de dénicher parmi les 52 mesures proposées, quelques unes qui lui ouvriraient grandes les oreilles, afin qu’il perçoive le malaise profond des professionnels qui ont en charge la santé de leurs concitoyens.
Thierry Soulié
Vice-président
Ondam : un respect non récompensé
Le Président de la République s’inquiète des déficits publics et demande de «plancher» sur le respect des objectifs nationaux de dépenses d’assurance maladie (Ondam).
Est-il besoin de rappeler que les chirurgiens-dentistes le respectent régulièrement ?
Ainsi, en 2009, les dépenses dentaires de l’Assurance maladie ont augmenté de 1,1 % pour un objectif national fixé à 3,1 %. En 2008, elles avaient progressé de 0,1 % pour un objectif à 2,8 %. Sur les deux dernières années, les dépenses dentaires ont donc augmenté de seulement 1,2 % pour un Ondam fixé à 5,9 % pour les soins de ville.
Est-il besoin de rappeler également que l’un des principes fondamentaux de la maîtrise médicalisée consiste à améliorer les honoraires et les prises en charges dans les secteurs dont les dépenses sont «contrôlées» ? Cette règle est, une fois de plus, oubliée pour notre profession.(...)
(...) La dynamique amorcée par la revalorisation de certains soins conservateurs et chirurgicaux avec la participation financière des chirurgiens-dentistes s’est arrêtée. Rien n’a bougé depuis la signature de la Convention 2006. Même les engagements élémentaires comme le montant de la consultation n’ont pas été respectés.
Est-il besoin de rappeler encore que nos cabinets dentaires, entreprises de soins, doivent faire face à des contraintes économiques et réglementaires de plus en plus prégnantes ? Les honoraires sont leur unique source de financement et le déséquilibre entre la valeur des actes opposables et leurs coûts devient intenable. La conséquence directe et inéluctable de cette politique est l’augmentation des actes à honoraires libres, donc du reste à charge pour les patients.
Est-il besoin de rappeler, enfin, que, contrevents et marées, par le respect des tarifs opposables sur les actes de soins et de chirurgie, 97 % des chirurgiens-dentistes libéraux conventionnés assument leur mission de santé publique et permettent l’accès aux soins à l’ensemble de la population ? Nous venons de tirer une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur cette situation inquiétante dans une lettre à Frédéric Van Roekeghem et dans un communiqué de presse, en réaffirmant que les chirurgiens-dentistes ne sauraient en accepter la responsabilité.
Alors, respect de l’Ondam, oui, mais avec un «retour sur investissement » pour les plus vertueux.
Roland L’Herron
Président
Machiavel ou apprenti-sorcier ?
De l’autre côté de l’Atlantique, la terre se fâche et écrase sous les décombres ceux qui déjà manquaient de tout. Et le monde s’interroge sur ce qu’il aurait fallu faire avant.
Face à cette catastrophe, nos difficultés quotidiennes sont bien peu de chose. «Le séisme», chez nous, est d’une autre nature : la réorganisation territoriale qui se profile avec son cortège de justifications - accès aux soins, amélioration de la qualité, besoins de santé, modernisation, optimisation, etc. - emporte sur son passage notre système de santé et sa composante libérale contractuelle. Aux oubliettes, le paritarisme qui permit la mise en place du contrat conventionnel où chacune des parties pouvait faire valoir ses droits légitimes. Aujourd’hui c’est l’État qui, à coup de lois et de décrets, casse les accords signés, efface les structures qui fonctionnent, contourne les organisations représentatives, dresse les soignés contre les soignants, divise les professions pour mieux régner.(...)
(...) Machiavel ou apprenti-sorcier ? Les deux sans doute. Le schéma régional qui se dessine est une usine à gaz aux composantes et étages multiples, chronophage et dévoreuse d’énergie pour ceux qui seront amenés à y participer. Un seul pouvoir : celui dont disposera le directeur de l’ARS (Agence régionale de santé), super préfet de santé et bras armé du ministère. Les professionnels de santé quant à eux, auront moins de poids que les usagers. Il semblait pourtant logique de coopérer avec les acteurs de terrain les plus à même de proposer des réponses adaptées aux questions soulevées. Ce n’est pas le choix qui a été fait : l’échec est prévisible, et les fractures consécutives seront lourdes de conséquence.
Aujourd’hui, la révolte gronde dans le monde de la santé… Alors qu’il aurait juste suffi d’accorder un peu de considération et de respect à ceux qui tous les jours, sont sur le terrain et sans lesquels rien ne peut se faire ! Car seuls le dialogue et la vraie concertation peuvent aboutir à des réformes partagées et acceptées.
Catherine Mojaïsky
Secrétaire général
