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Sentinelle

31 Oct 2018 | Edito

Marc Sabek CNSDLes médias français, comme probablement ceux de nombreux autres pays, ont montré les interminables files d’attente canadiennes en ce jeudi 18 octobre 2018. Impatients d’acheter « légalement » du cannabis, les consommateurs n’ont pas tari d’éloges sur la sagesse d’une décision qui reprend leur drogue au trafic criminel pour la placer dans le giron de l’État canadien, avec un pactole de quelque 400 M$ en taxes directes.

Le même jour, le Daily Mail britannique (plus de 1,7 million de lecteurs quotidiens) rapporte le cas d’une dépendance bien plus singulière : une maman de cinq enfants devenue addict au papier-toilette, avec une consommation allant jusqu’à un rouleau entier par jour… mâchouillé et avalé (1) !

S’il n’y a pas d’études sur les effets de la consommation excessive de papier-toilette… par voie orale, voie initiatique de toutes les addictions, le cannabis a, de son côté, épuisé des milliers d’avis et de réflexions, d’articles et d’opinions. Avec de nombreuses contradictions, pas mal d’incertitudes scientifiques, parfois cultivées à des fins idéologiques et, régulièrement, de savants rapports « sociologiques » d’éminents « addictologues », qui cachent mal l’incapacité de protéger notre jeunesse.

La « libéralisation » canadienne a fait resurgir dans l’Hexagone la question de sa « légalisation », avec les mêmes aphorismes pseudo-médicaux de drogue « douce » ou « récréative » et des réactions où l’enthousiasme béat le dispute à la naïveté ou à l’hypocrisie, c’est selon. Car les addictologues comme la plupart des gouvernants n’ignorent pas ce que les chirurgiens-dentistes constatent tous les jours. Quand le haschich vient s’ajouter à l’alcool et au tabac, ils forment une trilogie explosive qui fait, au début, le lit des parodontites marginales mais destructrices (2) et finit avec les cancers de la sphère oropharyngée (3). Et lorsque le patient s’est installé dans un stade addictif, il cumule des pathologies lourdes avec une réelle difficulté à assumer une hygiène buccale efficace. Il ne consulte plus de chirurgien-dentiste qu’une fois que la destruction des dents bien avancée marque son visage d’un vieillissement prématuré, l’accablant d’un handicap social et professionnel supplémentaire.

On réussit souvent à reconstruire le sourire et la fonction, ce qui est alors une partie essentielle du traitement de l’addiction et de la réinsertion sociale. Mais nous échouons en moyenne une fois sur trois, pour de multiples raisons, notamment parce que les dispositifs traditionnels de traitement des addictions n’ont toujours pas fait une place au chirurgien-dentiste, première sentinelle face aux addictions orales.

Entre ceux qui voient la manne financière récupérée, ceux qui focalisent sur l’économie des moyens consacrés à la lutte contre le trafic de drogues et ceux qui veulent passer par le biais de la « légalisation thérapeutique du cannabis », il y a cette sentinelle dont personne ne considère pratiquement l’avis. Elle voit pourtant tous les jours les conséquences dramatiques de la banalisation des drogues et de l’absence d’une politique qui évite aux plus jeunes de payer le prix fort du récréatif ou du démissionnaire.

 

Marc SABEK
vice-président

 

 

(1) https://www.dailymail.co.uk/health/article-2868198/Mother-fiveaddicted-eating-TOILET-PAPER-25-year-old-gets-entire-loo-roll-daydeveloping-bizarre-cravings-pregnancy.html

(2) Thomson WM, Poulton R, Broadbent JM, Moffitt TE, Caspi A, Beck JD, Welch D, Hancox RJ. Cannabis smoking and periodontal disease among young adults. JAMA. 2008 ; 299(5) : 525-31.

(3) Pesci-Bardon C., Prêcheur I. Conduites addictives : tabac, alcool, psychotropes et drogues illicites. Impacts sur la santébucco-dentaire. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Médecine buccale, 28-915-M-10, 2010.