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Info ou faux-semblant ?!

20 Mar 2019 | Edito

Marc Sabek CNSDL’accès aux soins ! Voilà la formule magique qui accompagne les politiques sanitaires et sociales depuis trente ans. Mais la surenchère idéologique s’empare régulièrement du sujet, masquant les véritables raisons du renoncement aux soins.

La question est pourtant simple pour les soignants. En laissant de côté la distribution démographique, on distingue deux paramètres essentiels, qui conditionnent l’accès aux soins : le coût de l’acte médical et l’information préalable du patient.

Et les deux sont liés. Il faut le rappeler : le coût de l’acte ne doit pas être confondu avec le reste à charge et l’information « suivant un format obligatoire (1) » n’est pas nécessairement l’éclairage loyal et approprié, attendu par le patient.

Les études universitaires aboutissent au même constat : « Dans un contexte d’incertitude financière lié au contexte social et à la faible lisibilité des prises en charge du coût des soins dentaires, les patients vulnérables renoncent aux soins dentaires avant même d’entrer dans le système de soins (2) ».

C’est sur ce terrain que tous, soignants et soignés, attendent une réponse objective et pragmatique. Si la réforme 100 % Santé lève l’incertitude concernant la prise en charge totale d’un bon nombre d’actes médicaux bucco-dentaires, il faut le faire savoir par le vecteur d’information approprié.

Or l’actuel dispositif législatif (article L.1111-3-2 du code de la Santé publique) produit un effet contraire. Il prévoit de présenter de « manière dissociée le prix de vente de chaque produit et de chaque prestation proposés ». Le devis normalisé pour satisfaire à cette exigence est simplement incompréhensible pour le patient, alourdi de quantité d’informations inutiles.

L’intelligibilité et la clarté de l’information du patient imposent une modification de la loi. Dans cette perspective, les Chirurgiens-Dentistes de France, auditionnés à l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé, ont proposé les modifications législatives indispensables pour mieux organiser le devis préalable. Il faut rendre accessible l’information financière sans laquelle la prise en charge reste illisible. Il faut transformer le devis en vecteur de facilitation de l’accès aux soins.

L’objectif est toujours d’accomplir son devoir d’humanisme médical. On oublie, dans ces débats de politiques sociales, que le recueil du consentement est l’une des obligations les plus anciennes de l’histoire de la médecine ; l’une de celles qui traduisent le mieux le respect de la dignité de la personne soignée. Pour que ce consentement soit libre, il faut s’assurer que le patient reçoive l’information qu’il attend et qu’il comprend, sans le noyer sous un déluge de renseignements incompréhensibles.

En revenant donc à une information claire, loyale et appropriée, on peut assurer l’accompagnement indispensable de toute réforme et transformation du système de santé. Sans cette simplification, sans cette modification de la loi, on continuera dans un faux-semblant où le « consommateur demande le prix de la baguette et le boulanger répond en listant la farine, l’eau, la levure, l’électricité et le salaire de la boulangère » !

Marc SABEK
Vice-président

 

Notes

  1. « Un affichage de plus en plus contrôlé », Le Chirurgien-Dentiste de France du 21-28 fevrier 2019, n° 1833-1834, 16-17.
  2. E. Pegon-Machat, D. Jourdan et S. Tubert-Jeannin : « Inégalités en santé orale : déterminants de l’accès à la prévention et aux soins en France », Santé Publique 2018/2 (vol. 30), 243-251.