La CNSD devient Les Chirurgiens-Dentistes de France

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Incorrigibles

15 Mar 2018 | Actualités, Edito, Négociation conventionnelle

Il y a un an, les chirurgiens-dentistes se mobilisaient, indignés par l’arbitraire imposé par Marisol Touraine avec la complicité des parlementaires. Certains découvraient brutalement qu’il ne suffit pas de demander pour obtenir et s’engageaient avec ferveur pour réussir là où, pensaient-ils, les syndicats avaient échoué. Ils rêvaient de mobiliser toute la profession par l’information de proximité, ils se persuadaient qu’il suffisait de bien communiquer pour être entendus, ils croyaient qu’avec de bons relais vers les décideurs, l’appréhension de notre dossier serait différente. Il fallait sans nul doute cet enthousiasme et cette envie de bien faire pour mettre en évidence que les choses n’étaient pas aussi simples et qu’il y avait un paramètre incontournable à prendre en compte : l’aspiration des citoyens/électeurs.

 

Entre un dossier étayé défendant une profession et ressenti comme corporatiste et des affirmations à l’emporte-pièce fondées sur des enquêtes d’opinion, les politiques choisissent vite. Qu’importe qu’il soit facile de démontrer l’absence de fiabilité des instituts de sondages, qui, par leurs questions, orientent les réponses !

 

L’union était recherchée mais un an après, le constat est sans appel : c’est la division qui l’a emporté. Car les politiques ont su habilement jouer en recevant tous ceux qui le demandaient, en les écoutant et les encourageant à parler, en empilant les dossiers aux demandes et conclusions contradictoires et en cherchant à faire critiquer par les uns, ce que proposaient ou faisaient les autres. Tactique que la CNSD connaît bien : des mémoires et des dossiers, elle en a produit des dizaines, elle a participé à autant d’auditions parlementaires que nécessaire, elle a exploré tout les contacts possibles… De toutes ces démarches souvent chronophages, elle a acquis la certitude qu’il fallait cibler les seuls vrais décideurs, et les écouter avant de proposer !

 

Car la récente prise de position de Brigitte Bourguignon, présidente de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, sur le blog de Viva, démontre que nos politiques sont décidément incorrigibles. Un an de lobbying ne les aura pas fait bouger d’un iota, et les aura peut-être même confortés dans leur vision dogmatique, persuadés que les chirurgiens-dentistes se braquent contre tout changement demandé par la société. Interrogée sur le reste à charge zéro, elle explique que la lutte contre le renoncement aux soins doit passer par le développement des réseaux, le tiers-payant et la baisse des tarifs. Elle tacle également le « reste à charge comportemental » ou « parcours vertueux » qui lie le niveau de remboursement des soins au comportement des personnes, approche pourtant défendue par tous les syndicats et prudemment étudiée par l’Assurance maladie. Sa crainte : qu’il aggrave les discriminations car les populations les plus fragiles y seraient réfractaires.

 

Madame Bourguignon, les bas tarifs imposés sont déjà en place sur une partie importante du secteur dentaire. Le tiers-payant existe pour les bénéficiaires de la CMU-C et la prévention. Les réseaux se développent avec la bénédiction de l’Autorité de la concurrence… Ont-ils apporté la preuve de leur efficacité ?

 

N’est-il pas temps de reconsidérer la question et de l’aborder en cherchant d’autres voies ? La CNSD entend les demandes de la société et les prend en compte.
Mais son approche consiste à apporter la vision de la profession via une démarche entrepreneuriale, la seule à même de trouver des voies compatibles qui autorisent le changement sans nuire à la qualité-sécurité de notre environnement de travail et au libre choix du patient. Cela nécessite écoute et compréhension, et cela passe inévitablement par le dialogue. Encore et toujours !

 

CATHERINE MOJAÏSKY
Présidente confédérale