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« Touchez pas au grisbi »

7 Nov 2018 | Edito, Retraite

Pierre-Olivier Donnat, Secretaire général Les Chirurgiens-Dentistes de FranceLa future réforme des retraites est en route avec la mise en place d’un système par points, et l’unification des différents régimes.

Le candidat Emmanuel Macron évoquait déjà dans sa profession de foi la création d’un système universel des retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé. Nous laisserons à nos experts, que vous lirez dans nos colonnes, les explications de toutes les conséquences de ce changement radical des règles du jeu, pour ne soulever que les points essentiels et souligner les interrogations de tous les praticiens.

Ce nouveau système suppose donc une harmonisation des rendements des retraites, quel que soit le statut et pour un même effort contributif. C’est donc alors l’assiette, c’est-à-dire la base sur laquelle sont appliqués les taux des cotisations et le niveau de ces cotisations, qui détermineront le niveau d’acquisition des droits à la retraite de chacun.

Et c’est déjà là que le bât blesse. Car si les salariés cotisent, grâce à l’abondement de leur employeur, jusqu’à 28 % d’un montant purement comptable que leur salaire net ne leur laisse même pas supposer, les chirurgiens-dentistes libéraux cotisent aujourd’hui pour 14 à 19 % de leur revenu réel ! Le futur taux de cotisations retraite du chirurgien-dentiste libéral n’est pas encore fixé, mais inutile d’être grand clerc pour envisager sa probable évolution, si l’on ne veut pas voir fondre comme neige au soleil, la pension des futurs retraités par rapport à leur revenu d’activité.

Par ailleurs, le A de CARCDSF signifiait jusqu’ici « autonome », ce qui s’est traduit, grâce aux efforts de tous les praticiens libéraux depuis plusieurs décennies, par la constitution de solides réserves destinées à envisager sereinement l’avenir de notre Caisse dans tous les scénarios démographiques.

Si la convergence des régimes de retraite donne à ce A le sens d’administré pour ne pas dire étatisé, il y a fort à parier que l’État fera une razzia sur ces réserves pour combler le déficit budgétaire. Ce régime confiscatoire sera-t-il plus juste et plus égalitaire que celui qu’il prétend remplacer ?

Les dénégations du haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, ne sont pas, pour l’heure, de nature à nous rassurer, tant pour les réserves de notre régime complémentaire que pour l’avenir de notre régime prestation complémentaire vieillesse (PCV) fondé sur le contrat conventionnel.

Notre Caisse autonome peut s’enorgueillir d’un régime invalidité-décès et indemnités journalières performant et fiable. Quel sort réservera cette réforme à ce régime de prévoyance qui ne pourra subsister seul, si les régimes PCV et complémentaire venaient à disparaître, engloutis par l’ogre du régime universel ?

Nous partageons toutes les craintes des administrateurs de notre Caisse de retraite et nous nous préparons à une longue bataille pour continuer à faire vivre notre régime autonome, à ne pas nous faire déposséder des réserves patiemment constituées, et ne pas être dépouillés des droits que la saine gestion de notre Caisse nous permettait d’envisager.

La CNSD-Les Chirurgiens-dentistes de France prendra toutes les dispositions nécessaires pour sauvegarder, dans les espaces laissés ouverts à la négociation et durant tout le processus législatif, les intérêts des chirurgiens-dentistes cotisants et allocataires. Elle visera également à défendre la primauté de la CARCDSF dans la gouvernance de ses réserves, seules à même de garantir la maîtrise économique de nos retraites.

Les plus inquiets attendront donc avec impatience les évolutions de ce dossier, tandis que les plus philosophes apprécieront sans doute l’idée que l’espérance de vie « à l’âge normal de la retraite » est, dans notre pays, de 3 à 6 ans supérieure à celle constatée chez nos partenaires européens.

C’est toujours ça de gagné !

 

Pierre-Olivier DONNAT
Secrétaire général

 

Nota : Touchez pas au grisbi (1954), film de Jacques Becker, avec Jean Gabin et Lino Ventura