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Cortisol

23 Jan 2019 | Edito

Marc Sabek CNSDDans le dernier livre de Michel Houellebecq, son personnage principal emprunte un lieu commun : « Ce n’était même pas pour l’économie d’impôts, ajouta-t-il avec dégoût, c’est juste que c’était chiant à remplir la déclaration, il ne savait jamais s’il fallait mettre ça en BZ ou en BY, ne rien mettre était le plus simple ; je ne fus pas surpris, j’avais déjà remarqué ça chez des représentants des professions indépendantes, cette lassitude. »1 Cette lassitude…

Le même jour – 4 janvier 2019 – où paraît ce livre, un autre texte est diffusé à plusieurs millions d’exemplaires : un courriel du ministre des Comptes publics. Dans un style différent, on peut lire : « Les employeurs sont chargés du prélèvement de l’impôt sur le revenu et de son reversement à l’administration fiscale, sans démarche de votre part, à partir du taux… » Destinée à rassurer le contribuable, la lettre du ministre illustre, avec superbe, ce mépris impérial dans lequel l’Administration tient le petit employeur et en fait sa chose !

Alors que les micro-employeurs (2,3 millions de micro-entreprises de proximité) ne cessent de réclamer la simplification des procédures administratives pour libérer l’énorme gisement d’emplois qu’ils peuvent développer, l’Administration, dont la seule vocation doit être de viser le même objectif, s’évertue à leur multiplier les contraintes, comme pour tuer tout projet créateur d’emplois, comme pour les embourber davantage dans cette lassitude !

Désormais, nous devenons collecteurs d’impôts !

Cette nouvelle charge – après une affolant multiplication des normes au cours de la dernière décennie – affecte particulièrement les petits employeurs. Elle complique leur gestion des relations sociales et alourdit leur responsabilité. Dans les grandes entreprises, ces complications sont gérées par les services RH, mais chez les micro-entrepreneurs, c’est le professionnel indépendant lui-même qui va assumer directement les conséquences du prélèvement à la source vis-à-vis d’un, de deux ou de trois salariés… et le risque de troubler son activité !

Il est possible que ceux qui n’ont qu’un seul employé, plutôt que de penser à embaucher un deuxième, songent désormais à « réduire » leur effectif, vaincus par ce sentiment de lassitude, de ras-le-bol et d’impuissance, convaincus que « … l’Administration a pour objectif de réduire vos possibilités de vie au maximum quand elle ne parvient pas tout simplement à les détruire… »2

Comme le dernier héros houellebecquien, qui produit abondamment du cortisol et s’autodétruit, la frénésie administrative galopante détruit, tous les jours et sans faire de vagues, des pans entiers de notre économie. C’est un « plan social » permanent, peut-être involontaire, mais gigantesque quoique « non déclaré ». Personne n’ose se lancer dans son évaluation scientifique pour ne pas devoir pointer un doigt accusateur, vers Bruxelles ou vers Paris.

Et à ceux qui, enthousiasmés par ces passages d’un livre qui fait le buzz, les citent pour alerter l’opinion, on répondra : ceci n’est que de la littérature !

Marc SABEK
vice-président

 

Notes:

  1. Sérotonine, Flamarion, Paris, 2019, p.276.
  2. Ibid. p.11.