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Concordance des espaces-temps

21 Fév 2018 | Actualités, Edito, Négociation conventionnelle

Suite à la réunion du 16 février, Catherine Mojaïsky, présidente confédérale, et Thierry Soulié, secrétaire général, réagissent aux propositions formulées par l’Uncam, qui ouvrent enfin la voie aux négociations chiffrées. 

Notre profession et son exercice sont à la croisée des chemins. Le système qui nous régit depuis des dizaines d’années a atteint ses limites et les dérives qu’il engendre sont partagées par tous : déséquilibre dans la valorisation des actes, rémunération non fondée sur la pertinence, immixtion de la concurrence dans nos espaces de liberté vitaux pour l’économie des cabinets, désaffection des actes peu rémunérateurs… et difficulté d’accès à certains soins pour une partie de nos patients. Mais les solutions défendues par les uns et les autres se télescopent. La raison essentielle est qu’elles se situent dans des espaces-temps différents.

Pour certains, la priorité est à l’amélioration de la rémunération des actes actuellement sinistrés. Quitte à accepter un encadrement des honoraires libres, l’essentiel étant que la capacité à financer les cabinets dentaires et à dégager un revenu correct soit préservée. Certes, la graduation de ce qui est souhaité est variable : il est logique que lorsque se pose la question de « voulez-vous doubler, tripler… voire quadrupler ? » la réponse soit « le plus possible ». Mais le citoyen payeur qui se cache derrière chaque chirurgien-dentiste comprend que tout investissement doit être issu d’une recette, surtout quand les déficits de notre pays sont abyssaux.

Pour d’autres, le salut se situe dans un changement complet de paradigme : le tout prévention doit mener à la disparition de la maladie bucco-dentaire. La volonté d’aller vers une médecine bucco-dentaire différente, qui tienne compte des évolutions épidémiologiques et politiques, devrait être aujourd’hui partagée par tous. Cependant, cette approche se place dans un espace-temps différent, car elle ne produira des effets qu’à moyen et long termes. Et elle engendre de vraies interrogations sur le modèle économique qui ne peut en aucun cas se superposer au modèle actuel.

D’autres encore ne parlent que d’excellence, regardant avec condescendance ceux qui rament au quotidien pour répondre au mieux aux demandes de leurs patients, avec les moyens qui leur sont donnés. Si l’objectif d’excellence est indispensable pour tirer toute la profession vers le haut, il ne peut en aucun cas être un modèle, surtout quand il se confronte à la notion fondamentale d’efficience, à savoir le rapport qualité-prix essentiel pour tout financeur.

Il y a, enfin, la vision de nos politiques, qui ne voient qu’une chose : les difficultés d’accès aux soins à la prothèse dentaire. Dans une approche démagogique liée aux promesses d’amélioration du pouvoir d’achat, ils entendent régler brutalement le problème, en baissant les tarifs et en augmentant les prises en charge, le tout sans bourse délier ! Or, il se trouve qu’ils ont tout pouvoir d’arriver à leurs fins, sans tenir compte de nos oppositions, au risque de détruire toute reconstruction de notre exercice, au détriment de la pertinence et de la qualité.

Les propositions faites le 16 février par l’Assurance maladie marquent un virage essentiel vers une approche plus préventive. Il faut le souligner et s’en réjouir. Elles reprennent aussi nombre de propositions visant à améliorer la pertinence des choix thérapeutiques, en les déliant du financement.

Mais il y manque l’essentiel : la préservation de l’équilibre économique dans l’espace-temps actuel. Entre les revalorisations réelles et les baisses tout aussi impactantes des tarifs de prothèse, il apparaît que le compte n’y est pas.

L’objectif des prochaines semaines sera d’améliorer cet équilibre afin que la profession sorte avec un gain net de cette profonde restructuration. Tout en ouvrant la porte sur tous les espaces-temps, pour permettre de construire une autre médecine bucco-dentaire. En se donnant le temps et les moyens… Et c’est seulement au bout de la négociation qui commence, qu’il sera possible de décider s’il y aura, ou non, signature d’une nouvelle convention.

Catherine Mojaïsky

Présidente