Internet, reflet du monde réel

 

com digitalePour Denise Silber, présidente de Basil Strategies, société de conseil en communication et de stratégie digitale, l'important c'est de savoir prendre les devants et d'être actif dans sa communication sur Internet.

 

De plus en plus de patients notent leurs professionnels de santé. Quel est le sens de ce phénomène ?

Denise Silber : Donner et rechercher un avis de ses pairs fait partie des tendances lourdes de notre société. Nous souhaitons tous tirer parti de l'expérience des autres, même si l'expertise reste tout autant recherchée.
D'ailleurs, c'est un leurre de penser que nous étions avant une population de dociles exécutants. Il n'y a pas besoin de sites spécialisés : on peut déposer un avis sur Google et sur Yelp qui en collectent sur tout. Il n'y a pas que l'avis concernant la qualité des professionnels.
Il y aussi celui sur l'expérience de la condition médicale elle-même. Les patients partagent leur vécu. Il est démontré que l'échange entre patients par les réseaux sociaux est bénéfique.

Cette recherche de l'avis va de pair avec une deuxième tendance : la montée en puissance de toutes les formes de collaboration et de partages. On partage de l'information, des avis, des trajets, des objets. On a toujours dit qu'en France, avec l'accès aux soins pour tous, il n'y a pas de médecine à deux vitesses. Mais, quand je demande aux professionnels de santé s'ils enverraient leur parent voir n'importe quel professionnel, j'entends une seule réponse : non.

DeniseSilber-portrait

 

Donner et rechercher un avis de ses pairs
fait partie des tendances lourdes de notre société

 

Observe-t-on une évolution similaire dans d'autres pays ?

D. S. : Oui, l'intérêt pour l'avis de ses proches est universel. Les premiers sites en fréquentation dans le monde sont les sites des réseaux sociaux, où l'on s'exprime et on partage.

 

Internet peut-il ruiner la réputation des professionnels de santé ?

D. S. : Ce qui se dit sur Internet est un reflet du monde réel, sauf que cela a plus de portée. De là à imaginer qu'une remarque inexacte puisse ruiner la réputation d'un professionnel apprécié par ailleurs, il y a un gros pas à franchir.
D'abord une réputation doit être équilibrée pour être crédible. Ensuite, une remarque en marge des autres n'attirera pas l'attention de tous. Les internautes savent faire la part des choses...
Néanmoins, on doit surveiller ce qui est dit de soi... et, pour bien faire, être soi-même actif en matière de communication. Les professionnels de santé commencent à réaliser que c'est aussi leur rôle de communiquer des informations justes en matière de santé publique et que les réseaux sociaux leur donnent cette opportunité. Ainsi, lorsque les internautes chercheront des informations les concernant, ils vont trouver des idées et informations lancées directement par le professionnel. Les patients seront reconnaissants. Et cette communication contribuera à une e-réputation positive de l'émetteur.

 

Contrôler régulièrement ce qui est dit de vous, en faisant une recherche sur Google

 

Face à cela, comment peuvent-ils ou doivent-ils réagir ?

D. S. : Il ne s'agit pas seulement de réagir, mais d'agir en amont, de contrôler régulièrement
ce qui est dit de vous, en faisant une recherche sur Google. Ensuite, il y a d'amples possibilités pour exprimer son point de vue concernant sa spécialité, l'actualité médicale, voire pour engager un dialogue avec des internautes. Tout ceci va contribuer à renforcer une réputation en ligne positive.
Enfin, si le professionnel est l'objet d'une attaque directe en ligne, il peut demander à un site la « prompte suppression » d'un commentaire inexact... Pour cela, il peut être utile de passer par les services d'un avocat...

 

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Radiographies de contrôle : rappel des bonnes pratiques

radiobestpracticesLa Commission Radioprotection Dentaire (CRD) créée en 2011 par l'ADF, l'ONCD, la CNSD et l'UJCD et dans laquelle siège Michel Sévalle, conseiller technique de la CNSD, est l'instance représentant notre profession auprès de l'Autorité de Sureté Nucléaire (ASN). C'est à ce titre qu'elle avait alerté l'ASN sur les demandes excessives de certains praticiens consultants de mutuelles qui exigent des clichés radiologiques en contradiction avec les règles de justification. En réaction, l'ASN avait écrit à la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) qui nous en avait informés le 3 décembre 2015 et avait relayé ces exigences auprès des mutuelles adhérentes. La CNSD a, lors de cette réunion, apporté des précisions sur les organismes complémentaires auteurs des demandes.


Plusieurs confrères et consœurs, membres du réseau professionnel national « PCR-Dentaire GoogleGroup », avaient formulé la même demande et ont obtenu une réponse écrite de l'ASN confirmant ainsi les informations que nous avait données la FNMF.


Voir le communiqué PCR Dentaire GoogleGroup (via SFCD)
Voir le courrier de l'ASN (via SFCD)

 

DPC : les libéraux veulent un pilotage serein

MoniqueweberDe nombreux syndicats de libéraux de santé ont demandé, par un communiqué commun, le maintien de l'actuelle directrice générale de l'OGDPC (Organisme gestionnaire du développement professionnel continu) Monique Weber, à la tête de la future ANDPC (Agence nationale du développement professionnel continu).

 

32 organisations syndicales représentatives des professionnels de santé libéraux, au sein du CNPS, ainsi que 9 organisations syndicales membres, ont signé le 29 mars un communiqué commun pour demander que « l'évolution du dispositif de DPC puisse se faire dans les meilleures conditions possibles, c'est-à-dire sans rupture au travers d'une transition opérationnelle sereine ».

 

Cette volonté fait référence à un courrier dans lequel la ministre de la Santé, Marisol Touraine, demande à Michèle Lenoir-Salfati, de la direction générale de l'offre de soins (DGOS) de conduire la préfiguration de l'ANPDC, qui devrait être constituée d'ici le 1er juillet prochain.

 

Les libéraux de santé souhaitent souhaitent le maintien à la direction de l'ANDPC de la directrice actuelle de l'OGDPC pour « garantir un démarrage effectif du DPC au 1er juillet 2016, tel que prévu par les textes, afin que les professionnels de santé puissent réaliser leurs formations de DPC dans des conditions pérennes, et ce malgré la mise en place de nouvelles modalités ».

 

Lire le communiqué commun

 

 

E-réputation : qui vous note sur Internet ?

ereputLes pratiques de l’e-commerce envahissent tout, y compris la santé. Sur Internet, des notes de satisfaction fleurissent concernant les professionnels de santé, agrémentées d’« avis patients »...

 

Selon l’étude du Groupe 3611, ce sont surtout des femmes qui donnent leurs avis sur les professionnels de santé : elles sont 52,5 %, contre 25 % d’hommes. Les médecins généralistes sont les plus visés (22,5 %), juste avant les chirurgiens-dentistes (22 %) et les gynécologues (12,5 %). Les praticiens de l’art dentaire doivent faire face à des avis marqués par une forte polarisation : ils sont soit mauvais (50 %) soit bons (32 %). Détail important : 91 % des patients internautes ne se contentent pas de donner un avis, mais font aussi des commentaires. Le savoir-être des praticiens (65 %) figure d’ailleurs bien avant leurs compétences (47 %).

 

Des voies de recours dans certains cas

Réagir à l’e-réputation dont s’estimerait victime un chirurgien-dentiste n’est pas toujours chose aisée. Tout dépend du niveau de l’atteinte à la réputation du praticien. S’il s’agit d’une simple querelle, sans réel préjudice, il n’y a pas grand-chose à faire d’autre que de demander de manière amiable le retrait des propos; ce que les sites ne font généralement pas au nom de la liberté d’expression. « Si, par contre, les propos mis en ligne par un patient franchissent les limites posées par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, comme c’est le cas notamment en cas de diffamation, d’outrage ou d’injure, il est possible d’aller devant les tribunaux, au pénal », explique Marc Sabek, administrateur de CNSD-Services. Et il faut le faire très vite, car le délai de prescription est de trois mois dans ce cas. « La première chose à faire, précise Marc Sabek, c’est de réaliser tous les constats nécessaires et de vérifier auprès d’un avocat, avant de se lancer, si les propos tenus sont bien diffamatoires au sens de la jurisprudence. » Lorsque plusieurs patients se plaignent dans les mêmes termes d’un professionnel de santé, celui-ci peut aussi aller devant les tribunaux, mais au civil, dès lors qu’il réunit des témoignages de patients qui ont été affectés par ces avis et qu’il prouve que cela a nui à sa réputation. CNSD-Services a déjà été saisi d’affaires de ce type. « Nous apportons notre aide aux chirurgiens-dentistes victimes de ces “nouveaux modes de notations”. Nous assurons le conseil, la vigilance au cours de la phase précontentieuse, indique Marc Sabek. Mais lorsqu’il s’agit d’aller au-delà et de s’adresser à un tribunal, le recours à un avocat est indispensable.»

 

Peu d’avis, beaucoup d’impact

 

Le danger de l’e-réputation, c’est que les scores des professionnels de santé résultent souvent d’un petit nombre d’avis, ce qui pose clairement la question de leur représentativité. Ensuite, la plupart du temps dans l’e-commerce, les clients ont tendance à partager une expérience seulement lorsqu’elle est négative. Il n’y a aucune raison pour que, dans le secteur de la santé, ce soit différent. Quoi qu’il en soit, comme le souligne le Groupe 361, «les sites comme NoteTonDoc.com, sur lesquels les patients notent et partagent leurs expériences, bonnes ou mauvaises, confèrent à ces derniers une certaine influence». Les praticiens doivent donc non seulement soigner leurs patients, mais aussi surveiller leur e-réputation, ne serait-ce que pour éviter les abus.

 

Panorama des sites de notation

 

Les plates-formes permettant de noter et/ou de choisir un professionnel ou un établissement de santé en fonction des avis des patients ne sont pas encore très nombreuses en France. Certains sites, qui ont un temps défrayé la chronique, comme Note2bib.com, épinglé par la Cnil, n’ont eu qu’une existence très éphémère. Un des leaders actuels de ce marché, NoteTonDoc.com, qui s’affirme totalement indépendant affiche une vaste ambition. « L’idée, lit-on dans sa présentation, consiste à proposer un espace d’expression qui permette de participer à l’amélioration de la relation entre patients et soignants. » Rien que cela. Il permet surtout de sanctionner un ressenti, une relation, pas un geste ou un diagnostic. Pour déposer un avis, il suffit d’ouvrir un compte et de donner une adresse e-mail valide pour limiter les avis abusifs. Comme précaution, c’est plutôt mince !

 

QuiConnaitUnBon.com, autre site de notation, assure être conforme à la norme Afnor de 2013 sur les méthodes de traitement, de collecte et de publication des avis d’internautes. Outre l’accès à des informations pratiques, on y favorise « le partage et la description par les patients de leur consultation chez un professionnel de santé». Là aussi, pour déposer un avis, il faut ouvrir un compte et donner une adresse e-mail valide pour que le site puisse authentifier l’avis. Différence importante : les professionnels de santé donnent leur accord pour figurer dans la base de données.

 

Dans le domaine hospitalier, ComparHospit® de Malakoff Médéric réunit des éléments objectifs sur chaque établissement et près de 18 000 avis de patients, sous forme de notes en fonction de 22 critères. Le site Hopital.fr de la Fédération hospitalière de France (FHF) permet aussi aux internautes de donner un avis sur chaque établissement. Il est modéré par la FHF elle-même sur la base de critères objectifs. Enfin, en dehors de ces sites spécialisés, Google recueille également les avis d’internautes sur les professionnels de santé.

 

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Projet de Loi El Khomri

loielkhomriPrésenté en Conseil des Ministres le 24 mars (au lieu du 9 prévu précédemment) la version II du PJL supprime toutes les mesures en faveur des TPE prévues initialement, notamment la barèmisation des indemnités prud'homales et les accords de gré à gré employeur/salarié sur la forfaitisation en jours de travail sur l’année.

 

Malgré l’agitation de la CGPME, aidée par le MEDEF et ses satellites (devenues subitement défenseurs des TPE/PME…), il ne semble pas que le gouvernement envisage de les réintroduire.

 

Concernant la mesure de la représentativité patronale, le pire est confirmé et remet en cause les dispositions prévues à cet effet dans la loi du 5 mars 2014 à savoir :

 

Une organisation patronale sera représentative si ses entreprises adhérentes représentent au moins 8 % des entreprises adhérents à des organisations professionnelles d’employeur. L’organisation devra également satisfaire à d’autres critères tels que la transparence financière et l’indépendance.

 

A ce jour, pour évaluer le poids de chaque organisation, seul compte le nombre d’entreprises adhérentes. Ainsi, une entreprise égale une voix. La voix d’une TPE compte autant que celle d’une grande entreprise. Plus une organisation a d’entreprises, plus elle a de chances d’être reconnue représentative, et plus elle pèse dans le dialogue social.

Le Conseil constitutionnel, saisi il y a 2 mois par le MEDEF sur la validité de cette règle, a estimé en février 2016 que celle-ci était constitutionnelle.

 

En dépit de cela, le projet de loi EL KHOMRI prévoit de modifier les règles en vigueur en changeant radicalement les règles de mesure de l’audience patronale. Celui-ci prend en compte le nombre d’entreprises adhérentes à hauteur de 20 % et le nombre de salariés de ces entreprises à hauteur de 80 %.

 

Avec cette modification, la voix d’une TPE n’équivaut plus à la voix d’une grosse entreprise. Plus une entreprise aura de salariés, plus elle aura de poids. Plus une organisation aura de grosses entreprises, plus elle aura de chance d’être reconnue comme représentative.

 

Tout cela se fait au détriment des TPE, qui pourtant représentent 98 % des entreprises en France.

Si une telle mesure était adoptée, les clés du dialogue social seraient confiées à 2% des entreprises en France, au détriment des TPE, qui n’auraient plus l’occasion de peser dans le dialogue social.

Cet article 19 du projet de loi est une déclaration de guerre pour les organisations patronales représentatives des TPE : UNAPL UPA et économie sociale (UDES). Comment un gouvernement peut il se poser en défenseur du dialogue social tout en prévoyant d’éliminer du paysage patronal la représentation des employeurs qui assurent 70% des emplois en France ?

 

La CNSD est solidaires des actions qui sont entreprises pour faire entendre la voix des TPE et particulièrement celle des chirurgiens dentistes qui emploient plus de 40000 salariés et qui risquent d’être exclus de la représentation patronale par le noyautage organisé au profit des grandes entreprises. Les parlementaires doivent prendre leurs responsabilités pour rétablir les mesures prévues dans la loi de 2014 afin de permettre un dialogue social équilibré représentatif de tous les secteurs d’activité.

 

Le calendrier de l’examen de la loi au Parlement

• Mardi 29/03 : Audition par la Commission des Affaires sociales de la Ministre du Travail
• Mercredi 30/03 : Audition par la CAS des OP (MEDEF, CGPME et UPA) et OS (CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC)
• Jeudi 31/03 : Audition de l’UNAPL
• Du mardi 5/04 au Vendredi 8/04 : Examen du Texte par la Commission
• Fin avril-Début Mai : en séance plénière à l’Assemblée. La procédure d’urgence a été choisie par le gouvernement (1 seule lecture à l’Assemblée et au Sénat)

 

 

 

Santé bucco-dentaire : le ministère s'en tamponne

La CNSD demandait depuis quelque temps à être reçue au cabinet de la ministre de la Santé pour porter une nouvelle fois ses revendications pour la prochaine négociation conventionnelle et interpeller les pouvoirs publics sur tous les problèmes soulevés par la marchandisation de la santé bucco‐dentaire.

 

C’est ainsi que Catherine Mojaïsky et Marie‐Françoise Gondard Argenti ont été reçues le mercredi 23 mars par Etienne Champion, directeur de cabinet, Nicolas Péju directeur adjoint et Fabrice Masi, conseiller chargé des relations avec les libéraux.

 

La présidente de la CNSD a une nouvelle fois rappelé la situation du financement des soins dentaires et toutes les dérives engendrées par une dichotomie de l’activité, avec des actes opposables très sous valorisés et des actes à honoraires libres très mal remboursés, voire pas du tout. Le choix de ne pas revaloriser depuis 28 ans la base de remboursement de la prothèse et de l’orthodontie et de ne pas prendre en charge les actes innovants, a laissé la porte ouverte aux assureurs complémentaires pour devenir les financeurs majeurs du bucco‐dentaire et de revendiquer un rôle dans la gestion de ce risque. Pour la CNSD, la prochaine négociation conventionnelle est l’occasion de redonner une cohérence au système en reconnaissant le coût des actes de base précoces et conservateurs et en remettant la prévention au cœur du système. Un cabinet dentaire doit pouvoir vivre de tous ses actes !!!

 

aveuglesourdSi les financeurs que sont l’UNCAM et l’UNOCAM semblent avoir été convaincus par les arguments portés depuis plusieurs années par la CNSD, il n’en est pas de même au cabinet de la ministre. C’est avec une certaine indifférence, voire une désinvolture, que nos demandes ont été accueillies : certes la ministre fera de l’accès aux soins le centre de ses orientations pour la convention (qui devraient être connues au mois de juin), mais les voies choisies risquent d’être bien éloignées de celles que nous portons (doublement sur 3 ans de la valeur des soins de base, renforcement de la prévention et prise en charge des techniques innovantes visant à préserver l’organe dentaire).

 

Nous avons par ailleurs rappelé notre préalable à toute discussion : une revalorisation des forfaits CMUC inchangés depuis 10 ans. Si le gouvernement souhaite que l’accès aux soins des populations les plus précaires soit pérennisé, il doit donner les moyens aux praticiens de continuer à les prendre en charge avec des tarifs décents ... sur ce sujet, des promesses nous ont été faites ... mais les mêmes avaient été faites il y a deux ans !!! La CNSD ne lâchera pas sur ce préalable, et n’ira pas négocier sans engagements forts et concrets.

 

Sur le dossier des low‐cost, nous avons rappelé notre volonté de faire appliquer à ces structures déviantes les mêmes règles que tous les centres de santé, à savoir une vraie mission de santé publique et des montages transparents sans but lucratif. Le ministère a été particulièrement sensible à nos alertes sur les jurisprudences récentes qui excluent les centres de santé des obligations déontologiques. Il a convenu que la déontologie inscrite au Code de Santé doit s’appliquer à tout soignant, quelle que soit la forme d’exercice et la qualité du gérant. Le directeur de cabinet nous a affirmé qu’il était prêt à compléter le Code de la Santé publique pour qu’aucune ambiguïté ne subsiste. Si cette réponse nous satisfait, il faudra rester vigilant sur la concrétisation de cette volonté affichée.

 

Enfin, la discussion a porté sur les décrets d’application relatifs aux assistantes dentaires. La vice‐ présidente a rappelé tout ce que la profession a construit pour définir la profession d’assistante dentaire et a exprimé ses craintes sur une reprise en main étatique des instances paritaires financées par la profession, tout comme la formation. Le ministère nous assuré qu’une large concertation serait menée.

 

C’est néanmoins très inquiets que nous avons quitté l’avenue Duquesne : le dossier bucco‐dentaire ne semble toujours pas au cœur des préoccupations de la ministre, et les perspectives sombres menaçant l’accès aux soins des français ne semble pas affoler les pouvoirs publics. Le prétexte du manque de moyens financiers ferme la porte à toute réflexion sur une restructuration du modèle actuel.

 

La CNSD va donc une nouvelle fois interpeller la ministre pour lui rappeler ses responsabilités et demander que la santé bucco‐dentaire soit mise au cœur des projets gouvernementaux.

 

Catherine Mojaïsky, 

Présidente de la CNSD

 

A lire :
La Lettre ouverte à Marisol Touraine ( 25 mars 2016 )

Vidéo : Pour rester proche de ses patients !

visuel-video-demoLa répartition géographique reste et demeure un enjeu de santé publique auquel la CNSD est plus que jamais sensibilisée. Pour l'illustrer, cette animation qui présente en 3 minutes les contraintes qui pèsent sur l'ensemble de la profession pour assurer des soins de qualité à l'ensemble de la population française. Aujourd'hui, si la démographie professionnelle répond, en nombre, aux besoins de soins sur le terrain, la proximité avec les patients, elle, s'étiole de plus en plus, notamment dans certains bassins très insuffisamment dotés en praticiens... Les propositions de la CNSD en vidéo

 

 

 

 

 

 

 

Démographie : les limites du chiffre

 

desÀ l'occasion de la Grande Conférence de la santé, organisée le 11 février dernier, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) a présenté un état des lieux inédit des connaissances sur le 1,9 million de professionnels de santé qui exercent en France.

 

Décryptage et modération par Doniphan Hammer, expert en la matière.

 

Le répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS) dénombre, au 1er janvier 2015, 41 500 chirurgiens-dentistes actifs exerçant sur l'ensemble du territoire français, dont près de neuf sur dix en libéral. Selon la Drees, « contrairement aux trois autres professions médicales et pharmaceutiques que sont les médecins, les sages-femmes et les pharmaciens, les effectifs des chirurgiens-dentistes stagnent depuis la fin des années 1990 » et « leur densité diminue pour atteindre 63 praticiens pour 100 000 habitants en 2015 (contre 68 en 1999) ». Si l'on examine un peu plus précisément les graphiques de la Drees, on constate toutefois que les effectifs des chirurgiens-dentistes passent de 40 500 en 2012 à 41 500 en 2015. « On note une progression, certes modérée par rapport aux autres professions de santé telles que les pharmaciens et les sages-femmes, mais manifeste malgré tout », insiste Doniphan Hammer, président de la Commission de formation et d'implantation professionnelles de la CNSD. En comparaison, entre 2012 et 2015, les effectifs des sages-femmes ont grimpé de 19 000 à 22 000 et ceux des pharmaciens, de 72 500 à 74 500.

 

Croiser les sources

 

« Le souci que nous avons, en France, c'est que nous n'arrivons pas, à l'heure actuelle, à connaître les effectifs exacts au sein de notre profession, regrette Doniphan Hammer. Nous disposons des chiffres de la Drees, de ceux de l'Ordre, de la Caisse des retraites, etc., mais nous ne parvenons pas à avoir une base de données unique.
Cela vaut également pour le personnel de nos cabinets : nous avons des chiffres issus de sources éparses, c'est-à-dire des déclarations annuelles des données sociales (DADS) ou des organismes de protection sociale, par exemple. Or, pour envisager des mesures politiques relatives à la démographie de notre profession, des valeurs avérées sont nécessaires ! » Une problématique que doivent sans doute connaître les autres professions de santé.


« Les chiffres de la Drees ne sont pas complètement faux, mais pas complètement justes non plus ; il faut croiser toutes les sources ! » rappelle le président de la Commission de formation et d'implantation professionnelles, qui a longuement travaillé sur la démographie, en lien avec les Agences régionales de santé (ARS) et les cartes interactives pour les professionnels du monde de la santé (CartoSanté). Et ce, surtout pour ce qui concerne les tendances à venir concernant les effectifs de la profession.
« En 2007, la Drees a estimé que nous serions 30000 chirurgiens-dentistes en exercice en 2020 et 23000 en 20301... or, les effectifs de notre profession augmentent chaque année», poursuit Doniphan Hammer.

 

Tendances difficiles à évaluer

 

En cause, essentiellement : la difficulté, pour la Drees comme pour les autres institutions,
d'évaluer l'impact du phénomène de migration européenne des praticiens. « Les projections sont effectuées en fonction des évolutions constatées les années précédentes, sauf que le nombre de diplômes d'origine communautaire croît de façon exponentielle2 », explique l'expert de la CNSD.
En outre, si l'Ordre fournit des chiffres relatifs aux praticiens qui s'inscrivent au tableau (nationalité, origine du diplôme), il ne dispose d'aucune information relative au nombre d'étudiants en train d'étudier à l'étranger qui viendront exercer en France...


En tout état de cause, la Drees comptabilise en France, à l'heure actuelle, 2 600 chirurgiens-dentistes diplômés à l'étranger (6 % de l'ensemble de la profession3), contre 21 800 médecins (10 % de l'ensemble), 2 000 pharmaciens (3 % de l'ensemble) et 1 400 sages-femmes (6 % du total). « Les chirurgiens-dentistes ayant étudié à l'étranger ont majoritairement passé leur diplôme en Europe de l'Ouest (48 %) et, dans une moindre mesure, en Europe de l'Est (29 %), loin devant les pays du Maghreb (8 %) », précise-t-on. Ces statistiques devraient évoluer, au vu de l'arrivée massive de diplômés d'universités d'Europe de l'Est ces dernières années... Enfin, selon la Drees, un quart des chirurgiens-dentistes libéraux diplômés à l'étranger sont installés en Île-de-France. Un chiffre en contradiction avec celui de l'Ordre qui, en 2013, tablait sur un tiers (31 %). Mais surtout... ces praticiens ne représentaient alors que 6,5 % de l'ensemble des chirurgiens-dentistes exerçant dans cette région.


«C'est ce type d'analyse de statistiques qui importe, souligne Doniphan Hammer. La Haute-Normandie, par exemple, concentre 5 % de l'ensemble des praticiens titulaires d'un diplôme d'origine étrangère, or ces 5 % représentent 11,3 % des chirurgiens-dentistes exerçant dans le département. »

 

Louise Guyon et Laura Chauveau

 

1 La démographie des chirurgiens-dentistes à l'horizon 2030, Collection Études et résultats de la Drees n° 595, septembre 2007.
2 En 2014, selon l'Ordre, 1466 nouveaux chirurgiens-dentistes se sont inscrits au tableau et 477 étaient titulaires d'un diplôme d'un autre pays de l'Union européenne.
En 2013, 1430 nouveaux chirurgiens-dentistes se sont inscrits au tableau dont 374 à diplôme « communautaire ».
3 Cette proportion était de 4,3 % en 2013, selon l'Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS).

 

 

 

Une profession plus féminine et plus jeune

 

Au-delà des chiffres liés aux effectifs, certaines données fournies par la Drees dans son Portrait des professionnels de santé semblent plus cohérentes. Ainsi, la profession présente-t-elle un profil similaire a celui des médecins en termes de structure d'âge et de sexe, selon l'étude de la Drees : plutôt âgée (l'âge moyen est de 48 ans en 2015, soit 3 ans de plus qu'en 2001) et majoritairement masculine avec 58 % d'hommes. Toutefois, en regardant la dynamique démographique d'un peu plus près, force est de constater que la profession se féminise progressivement.


Les femmes représentent ainsi 54 % des chirurgiens-dentistes de moins de 45 ans. La profession est également en voie de rajeunissement, du fait des évolutions du numerus clausus. Celui-ci a en effet été fixé pour l'année universitaire 2015-2016 à 1 199 en odontologie. Après avoir fortement baissé jusque dans les années 1990, il s'est nettement redressé depuis le début des années 2000 avec une hausse de + 50 % entre 2000-2001 et 2015-2016. Ce redressement a reflété la volonté de rééquilibrer la démographie de ces praticiens, dans la perspective de nombreux départs pour ceux issus des promotions des années 1970 à fort numerus clausus.

 

 

 

 

Loi El Khomri : du bon, du moins bon et du néfaste !

 

hacheLa réforme du Code du travail agite la France... Manifestations, grèves, pétitions et débats entre politiques de tout bord et inversement...

Pour : quand on est au gouvernement.

Contre : quand on est dans la majorité. Et pour : quand on est dans l'opposition. Bref, qu'en pensent les chirurgiens-dentistes ?

 

La nécessité de réformer le droit du travail en France pour améliorer la compétitivité des entreprises à l'heure de la mondialisation relève d'une évidence.


Notre droit du travail construit au cours du XXe siècle sur les bases d'une économie de production et du travail ouvrier n'est plus vraiment adapté aux réalités économiques et sociales actuelles. Le projet de loi porté par la toute nouvelle ministre du Travail essaie d'apporter des réponses pour plus de flexibilité dans les entreprises tout en sécurisant le salarié, c'est-à-dire concrétiser le concept de la flexisécurité qui s'impose dans beaucoup de pays européens.

 

La controverse

 

Sitôt annoncé, ce projet de loi, pas encore présenté en Conseil des ministres, a reçu les louanges du Medef, car fortement inspiré du travail des DRH des entreprises du CAC 40. Dans le même temps, il a cristallisé le mécontentement des organisations syndicales de salariés qui y voient, non pas une capacité d'ouvrir le monde du travail à ceux qui en sont exclus, mais au contraire une perte des avantages collectifs acquis pour les salariés en emploi. Cherchez l'erreur ! Le « plantage » du gouvernement en matière de communication a abouti à un débat idéologique qui fait rage au sein du parti au gouvernement, des syndicats étudiants, mais aussi de l'opposition qui, paradoxalement, se dit majoritairement prête à voter un texte qu'elle juge imparfait, mais dans la bonne voie !


Que sortira-t-il des tractations en cours, puisque le Premier ministre a reculé la présentation du projet en Conseil des ministres du 9 au 24 mars ? Aujourd'hui, il consulte et tente de déminer le texte pour satisfaire ses traditionnels alliés syndicaux et politiques. Toutes ces contorsions risquent d'accoucher d'un texte amputé des mesures qui vont dans le bon sens. Qu'en sera-t-il des indemnités pour licenciement, sans cause réelle et sérieuse, prévues sous forme de barème en fonction de l'ancienneté du salarié ? Après 20 ans d'ancienneté, le texte prévoit 15 mois de salaire. Ce qui est déjà énorme pour les employeurs. Alors 20, 25 ou même 27 mois comme l'évoquent certains syndicats de salariés...

 

Contre-productivité des taxes

 

L'évocation de surtaxer les contrats courts est une aberration en termes d'emploi. Dans les cabinets, la pratique des contrats de remplacement courts est fréquente. Leur surtaxation sera totalement contre-productive.


Plutôt que de permettre une mise en emploi d'un jeune ou d'un chômeur, les employeurs recourront à la sous-traitance pour un certain nombre de tâches. Quid de la capacité de négocier, en direct, avec ses salariés un forfait jour ou un forfait d'heures annuel ?

 

Cette possibilité contenue dans le premier projet allait dans le bon sens pour nos cabinets. Qu'en restera-t-il dans la mesure où les syndicats de salariés hurlent en évoquant un contournement de leurs prérogatives de négociation ?

 

Représentativité patronale attaquée

 

Par ailleurs, deux dispositions relatives au dialogue social nous posent problème : l'accord d'entreprise et la représentativité patronale. Le principe que l'accord d'entreprise devienne la norme, et l'accord de branche un supplétif, est gênant, car le premier n'est absolument pas adapté à nos cabinets qui comptent dans leur quasi-totalité moins de 10 salariés. Nous défendons l'accord de branche, car il est adapté à la dimension de nos cabinets et à la pratique sociale des TPE.

Le problème le plus grave, qui demeure totalement sous silence, est celui de la représentativité patronale au niveau interprofessionnel. Le projet qui consiste à déterminer la représentativité patronale en pondérant les adhésions des entreprises par le nombre de salariés est proprement scandaleux. En admettant que cette mesure soit parlante, nous pouvons d'ores et déjà affirmer que si ce type de mesure est maintenu, le dialogue social en France sera détenu par les représentants des grandes entreprises. Nos problématiques TPE, déjà difficiles à faire admettre, ne seront plus défendues, car l'UNAPL, qui est notre centrale représentative, n'existera plus dans le paysage syndical. Laisser en l'état le texte, c'est donner les clés du dialogue social et le financement des organisations patronales au seul Medef. Inutile de préciser que ses préoccupations sont loin de celles des professions libérales et de nos cabinets dentaires.

 

En conclusion : du bon, du moins bon et du carrément néfaste. Affaire à suivre... de très près !

 

 

 

Les points-clefs de l'avant-projet de loi*


Les TPE et PME pourront passer au forfait-jour un dispositif dérogatoire aux 35 heures permettant de rémunérer les salariés en fonction du nombre de jours travaillés par an au lieu du nombre d'heures hebdomadaires. Celui-ci, pour l'heure, ne peut être mis en œuvre que sous réserve d'un accord de branche.


La majoration salariale en cas d'heures supplémentaires pourra être fixée par un accord d'entreprise, mais ne pourra pas, toutefois, être inférieure à 10 %.En l'absence d'accord, la majoration est de 25 % pour les 8 premières heures supplémentaires, 50 % ensuite.

 

Le texte précise le contenu du compte personnel d'activité, « constitué du compte personnel de formation et du compte personnel de prévention de la pénibilité ». Le compte personnel de formation (CPF) sera étendu aux travailleurs indépendants, aux membres des professions libérales et à leurs conjoints collaborateurs, à compter du 1er janvier 2018.


Le montant des indemnités prud'homales versées en cas de licenciement abusif sera plafonné : 3 mois de salaire si le salarié est employé depuis moins de 2 ans dans l'entreprise, 6 mois de salaire s'il y travaille depuis 2 à 5 ans, 9 mois de salaire s'il y est depuis 5 à 10 ans, et jusqu'à 15 mois de salaire au-delà de 20 ans d'ancienneté dans l'entreprise. Des sommes plus élevées pourront être accordées par le juge si l'employeur a commis une faute d'une « particulière gravité » (harcèlement moral ou sexuel, licenciement discriminatoire, etc.).


L'employeur pourra « procéder à la remise du bulletin de paie sous forme électronique », sauf opposition formelle du salarié. Actuellement, l'accord du salarié est obligatoire.

 

Création d'un service d'appui aux entreprises de moins de 300 salariés.


Mise en place d'accords types de branche pour les entreprises de moins de 50 salariés.


L'accord d'entreprise deviendra la norme de négociation au détriment de l'accord de branche.


La représentativité patronale, revue, sera basée sur « le nombre d'entreprises adhérentes et le nombre de leurs salariés », « respectivement à hauteur de 20 % et de 80 % ».


L'avant-projet crée un préambule au Code du travail, composé des « principes essentiels du droit du travail ».

 

* En l'état actuel du texte.

 

 

 

 

Négociations conventionnelles : la CNSD soutient une démarche consensuelle

 

poings table consensuelleLa CNSD a reçu une invitation de l’UJCD à une table-ronde de préparation des négociations conventionnelles.

Cette invitation est l’aboutissement des échanges réguliers entre nos deux organisations depuis le retour de l’UJCD dans les instances conventionnelles.

Nous avons une vision partagée sur la nécessité absolue de mettre en œuvre des moyens pour redonner une cohérence économique à l’exercice des cabinets dentaires et barrer la route aux dérives de marchandisation de notre secteur.

 

 

UN PREALABLE :

la garantie de revalorisation des forfaits CMU-C bloqués depuis
10 ans. Si ce préalable n’est pas obtenu, la CNSD refusera toute négociation.

  • Refus des plafonds ACS
  • Revalorisations : doublement des soins de base, planifié sur trois ans,
  • Mise en place d'un parcours de soins incitant à la prise en charge précoce,
  • Incitation aux techniques innovantes plus conservatrices pour l’organe dentaire,
  • Démographie : régulation des installations uniquement dans les zones pléthoriques opposable à tous les exercices (y compris les centres de santé).

 

ASSURANCE COMPLÉMENTAIRE

  • Lutte contre les dérives des réseaux non négociés,
  • Construction d’un « réseau libéral » pour contrer les réseaux non négociés,
  • Opposition aux pratiques déviantes des plates-formes et des « consultants ».

 

CONDITIONS D’EXERCICE

  • Préservation des fondamentaux du libéralisme,
  • Combat contre la marchandisation de notre spécialité (low-cost, tourisme dentaire),
  • Refus du tiers-payant généralisé obligatoire pour tous,
  • Refus de toute nouvelle contrainte abusive et injustifiée,
  • Combat en faveur de tout allègement, en matière réglementaire, fiscale ou sociale.

 

Les moyens pour atteindre ces objectifs restent à définir et négocier.

 

 

La CNSD a toujours prôné l'unité syndicale dès lors qu'il y va de l'intérêt supérieur de la profession.

 

Mais échaudée de la manière dont ce sont déroulées les négociations des deux derniers avenants, où l'unité n'a été que de façade, où malgré les déclarations, toutes les propositions de la CNSD ont été systématiquement contrées dans le seul but d'exister, où toutes les avancées obtenues ont été démolies, c'est avec une certaine réserve qu'elle accueille cette proposition. La CNSD ne veut pas que cette table ronde ne soit qu’un affichage d'intentions sans réelle envie de voir aboutir un projet engageant et innovant.

 

La nouvelle représentativité issue des dernières élections nous oblige collectivement à une responsabilité que la CNSD a jusqu'à présent assumée seule.

 

La CNSD en appelle donc à l’implication de chacune des organisations représentatives par des objectifs et des propositions réalistes. C’est en agissant ainsi que la CNSD a réussi à sensibiliser l’UNCAM, l’UNOCAM et les pouvoirs publics sur la nécessité de reformer de façon structurelle le financement des soins dentaires.

 

C'est dans cet esprit que la CNSD acceptera de discuter ouvertement et librement pour le bien de la profession. Dans l’attente des propositions de date, la CNSD rappelle ses objectifs, ses préalables et ses lignes rouges à la négociation conventionnelle tripartite qui devrait s’engager en juillet 2016.

 

 

 

 

 

Antibiorésistance : vers un monde sans antibiotiques ?

 

Antibiotique

Interview de Jean Carlet, infectiologue

 

Jean Carlet est infectiologue, rapporteur du groupe de travail spécial pour la préservation des antibiotiques et président de l'Alliance mondiale contre les résistances aux antibiotiques. Ce spécialiste mondial a été chargé par la ministre de la Santé de formuler des recommandations visant à réduire la consommation d'antibiotiques française de 25 % sur 5 ans. Rencontre.

 

Un monde sans antibiotiques relèverait-il du cauchemar ou du rêve ?
Aujourd'hui, l'antibiorésistance, progressant très rapidement, pose un grave problème de santé publique à l'échelon mondial.
Le nombre de victimes (mortalité, morbidité) ne cesse d'augmenter, avec des prévisions de plus en plus alarmantes. En France, chaque année, plus de 150 000 patients développent une infection liée à une bactérie multirésistante (BMR), et plus de 12 500 personnes en meurent. Notre pays reste le mauvais élève européen avec une nette surconsommation d'antibiotiques entraînant un coût économique considérable (jusqu'à 441 millions d'euros de plus par rapport aux pays les plus vertueux) et des effets écologiques environnementaux non négligeables.


Face à la gravité de la situation et pour sortir de l'impasse thérapeutique actuelle, la ministre de la Santé a confié au Dr Jean Carlet la mission de formuler, avec le concours de 120 personnalités qualifiées, des recommandations visant à changer de paradigme et à réduire la consommation d'antibiotiques française de 25 % sur 5 ans. Le CDF effectue avec Jean Carlet un point d'étape sur la mise en oeuvre des préconisations de son rapport. Et revient sur la pratique des chirurgiens-dentistes prescripteurs.

 

CDF : Vous avez rendu votre rapport à la ministre en septembre 2015. Face à l'émergence et la dissémination des résistances bactériennes, que recommandez-vous ?

Jean Carlet : Quatre axes majeurs ont été identifiés. Il est urgent d'approfondir les recherches, en particulier de nouveaux produits luttant contre l'antibiorésistance. Il faut également mieux suivre l'évolution globale du phénomène par l'intermédiaire d'indicateurs normalisés et partagés. Il faut bien évidemment améliorer l'usage des antibiotiques. Enfin, les populations devront être sensibilisées au bon usage des antibiotiques.

 

Nous sommes en février 2016. Quels premiers retours avez-vous de la mise en place de vos recommandations ?

J. C. : Nous avons un bon feedback sur les quatre thèmes proposés. En revanche, quant aux référents en antibiorésistance, le feedback n'est pas bon, car nous sommes loin du compte financier. Si la mise en place des référents dans les ARS ne pose pas trop de problèmes, c'est à l'hôpital que cela coince.

 

Pareil programme nécessite certainement une coordination des actions. Qu'avez-vous prévu en ce domaine ?

J. C. : Face à l'importance et à la complexité des enjeux, un audacieux programme doit associer les pouvoirs publics et les acteurs de la santé publique, de l'environnement et de l'industrie. Un comité interministériel a été mis en place, et le fait est assez rare pour être souligné. Ce comité a en charge la coordination des actions de lutte contre l'antibiorésistance
que vous évoquez. Il est piloté par le Pr Christian Brun-Buisson.

 

jean carlet infectiologueLe faible intérêt des firmes pharmaceutiques à l'égard du développement et de la recherche sur les antibiotiques a déjà été pointé.
Quelles sont vos préconisations pour lever ce handicap ?

J. C. : Les causes de désintérêt sont multiples. Un programme de recherche et de développement est long et coûteux, les formalités administratives sont longues et lourdes, la prescription des produits se fait pendant une brève durée de mise sur le marché du fait de l'émergence rapide des résistances, le prix des antibiotiques est peu élevé et les volumes de vente sont appelés à se réduire en raison de l'observance du bon usage et du ciblage des modalités de prescription. Il faut donc soutenir les start-up dans l'innovation de produits, dans une action de longue durée jouant du levier d'un modèle médicoéconomique attractif, dont une fiscalité découplée, sans oublier la dimension européenne.

 

Nous n'avons pas encore entendu à ce jour d'annonce sur la lutte contre l'antibiorésistance comme « grande cause nationale ».

En revanche, le Premier ministre a lancé, le 17 février, un appel à candidature pour un plan d'action « Le citoyen au coeur de la prévention des risques et de l'action de secours ».
Ne craignez-vous pas déjà une dilution de vos recommandations ?
J. C. : J'ose espérer que non, car la « grande cause nationale » pour 2016 est une mesure phare de nos préconisations. La CNAM a d'ailleurs prévu de prendre le relais en 2017.

 

Arrêtons-nous sur la problématique de l'antibiorésistance en médecine buccodentaire.
Quelle vision en avez-vous ?
J. C. : Je connais assez peu votre pratique. Cependant, je peux déjà constater, comme dans d'autres spécialités, une utilisation des antibiotiques parfois inappropriée. Une simple incision sur un abcès parodontal peut éventuellement suffire. Vos prescriptions prophylactiques sont souvent trop longues et trop fréquentes. Pourquoi ne pas tendre vers une prise d'antibiotiques juste au moment du geste, comme il est maintenant de plus en plus pratiqué ? De toute façon, il appartient aux collèges professionnels de décliner les recommandations en ce domaine de l'antibiothérapie selon leur spécialité. Les chirurgiens-dentistes doivent devenir partenaires de notre plan d'action, car ils sont soumis à la même pression globale en termes de mobilisation.

 

En matière d'hygiène et d'asepsie en environnement de soins, le chirurgien-dentiste reste un utilisateur important de produits désinfectants et biocides reconnus pour participer à la sélection croisée des résistances.
Doivent-ils changer leur pratique dans ce domaine ?
J. C. : La prévention du risque infectieux prévaut, il ne faut donc rien changer dans vos habitudes. En revanche, il y a quelque chose à revoir dans l'utilisation immodérée des désinfectants et biocides par les particuliers.

 

Pour revenir à la situation globale de l'antibiorésistance, est-elle si grave qu'il faille en arriver à pareil plan d'action ?
J. C. : C'est à l'échelle mondiale qu'il faut considérer le phénomène. La situation est très grave dans certains pays, comme la Chine, l'Inde, la Grèce et l'Italie, le pourtour méditerranéen... et les BMR se transportent. C'est l'urgence absolue ! De nombreux pays ont récemment lancé des plans ambitieux, en particulier les États-Unis et le Royaume-Uni.
D'autres, comme la Norvège et les Pays-Bas, sont depuis longtemps, historiquement et culturellement, dans des pratiques vertueuses en matière d'usage des antibiotiques.

 

Et qu'en est-il de la France ?
J. C. : En France, on pourrait encore parler de prévention, mais il faut d'ores et déjà mettre en place des mesures drastiques pour éviter que le phénomène ne devienne endémique.
Une réduction de 25 % de la consommation d'antibiotiques est-elle à notre portée ? C'est un objectif ambitieux, mais c'est jouable. C'est maintenant ou jamais.

 

Interview extraite du CDF n°1699 du 10 mars 2016

 

 

Dr Jean Carlet
Fiche signalétique

  • HAS, directeur médical DAQSS, 2008 – 2010.
  • Chef du service de réanimation à l'hôpital Saint-Joseph, Paris, 1980 – 2008.
  • Président du comité technique national des infections nosocomiales (CTIN), 1992 – 2004.
  • President of European society of intensive care medecine, 1996 – 1998.
  • Actuellement président of the World Alliance Against Antibiotic Resistance (WAAAR).

 

Recommandations françaises :
Pour les chirurgiens-dentistes français, il faut se référer à la publication de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, maintenant ANSM) de juillet 2011.
« Recommandations de bonne pratique : prescription des antibiotiques en pratique bucco-dentaire » sur www.ansm.sante.fr
On peut également se reporter au guide ADF « Risques médicaux – Guide de prise en charge par le chirurgien-dentiste » – 2013 – 15 € sur www.adf.asso.fr

 

 

 

 

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