Juillet 2016 : Agnès Buzyn répondait au CDF

 

agnes buzynAgnès Buzyn, présidente de la Haute Autorité de Santé depuis mars 2016, vient d'être nommée ministre des Solidarités et de la Santé, dans le gouvernement d'Emmanuel Macron. Le Chirurgien-Dentiste de France l'avait rencontrée, en juillet dernier, pour nous parler de sa mandature et des projets qu'elle comptait mettre en oeuvre. Sans oublier le "dentaire"...


Nous vous proposons, à l'heure de sa nouvelle prise de responsabilité, de faire mieux connaissance avec cette personnalité aujourd'hui au sommet de la politique de santé, en relisant cette interview parue dans le CDF n°1717-1718 du 21-28 juillet 2016.
Voyez aussi l'article paru le 17 mai dans Les Echos.

Haute Autorité de santé, un objectif : l'amélioration de la qualité des soins

 
Comment voyez-vous le rôle de la HAS dans le paysage sanitaire français ?
Agnès Buzyn : Le rôle de la HAS est celui d’une autorité publique indépendante à caractère scientifique qui intervient dans l’évaluation des médicaments, des dispositifs médicaux et des actes et dans la régulation. À ce titre, nous sommes garants de la validité des choix qui sont faits dans le système de santé. La HAS accompagne les professionnels dans les changements de pratiques, l’évolution des organisations, etc. Elle se doit d’être proche des acteurs de la santé avec cet objectif final partagé par tous : l’amélioration de la qualité des soins.

Quels projets allez-vous porter en tant que nouvelle présidente de la HAS ?
A. B. : Plusieurs dossiers me tiennent à coeur. Nous travaillons avant tout en concertation pour être certains que nous rendons le service pour lequel nous sommes attendus. Mais à titre personnel, je souhaite que nous puissions accompagner le virage ambulatoire dans la stratégie nationale de santé et veiller à ce qu’aucune population 
ne soit laissée de côté dans nos travaux. C’est ce qui fondera l’efficacité de notre action. Je pense notamment aux populations concernées par le handicap, la santé mentale et la pédiatrie. Enfin, si j’ai une responsabilité ultime, c’est celle d’améliorer la qualité des soins pour les usagers. Même si nos premiers interlocuteurs sont les acteurs de la santé, il faut que nous soyons certains qu’à l’arrivée, notre cible – les patients – soit atteinte.

La loi santé prévoit de revoir les missions, l’organisation et les ressources 
de plusieurs institutions, dont la HAS. 
Comment appréhendez-vous ces évolutions ?
A. B. : La HAS doit faire l’objet d’une ordonnance gouvernementale qui vise à modifier sa gouvernance. Aujourd’hui, nous ne savons pas ce qui sera élaboré. Mais cela devrait nous aider à être le plus efficaces possible dans nos nombreuses missions. Il faut que nous soyons sûrs de la pérennité de nos ressources. Or, actuellement, nous n’avons pas de visibilité à long terme ; ce qui pourrait poser un problème de programmation. Il faudrait que nous puissions savoir quelles sont nos ressources sur deux ou trois ans pour nous organiser au mieux.

Avant de rejoindre la HAS, vous étiez à la tête de l’Institut national du cancer (INCa). Que retirez-vous de cette expérience ?
A. B. : L’INCa est une agence de coordination où j’ai pu prendre conscience qu’il était primordial que les institutions sanitaires travaillent ensemble en apportant leurs compétences propres. Aussi, bien que les groupes de travail de la HAS soient déjà pluriprofessionnels, il me semble important que la HAS renforce sa collaboration avec ses partenaires. J’aurai donc tendance à me rapprocher des collègues des autres institutions sanitaires pour favoriser les synergies et une meilleure efficience du système. Plus une démarche est collective, plus elle est efficace. Avec la mise en place du Plan Cancer, je me suis rendu compte à quel point il est intéressant de travailler avec un plan, des objectifs et des indicateurs pour mobiliser les énergies et avancer dans le même sens. Certes la HAS ne répond pas à un plan de santé publique particulier, mais nous pourrions, dans un projet stratégique, nous fixer quelques grands objectifs. Ce serait une forme de contrat à passer avec les usagers et les professionnels pour permettre l’amélioration de la lisibilité. C’est quelque chose que j’aimerais mettre en place.
 
Dans un contexte de progrès médicaux et de création d’innovations de rupture, quelles solutions la HAS envisage-t-elle pour permettre aux patients d’accéder à ces nouveaux produits de santé – parfois coûteux – tout en assurant la pérennité du système de santé ?
A. B. : Ce n’est pas à la HAS de trancher sur des choix de société et sur ce que le système de santé peut soutenir ou ne pas soutenir. Il est important d’avoir des indicateurs d’efficacité médicale et d’efficience économique qui permettent à l’ensemble du système de régulation de trancher, et ce, avec la participation des usagers. La HAS procède à différents types d’évaluations. L’une, médico-scientifique, vise à identifier le service rendu par tel dispositif ou tel médicament. C’est un avis centré sur l’intérêt du malade. Nous menons également des évaluations médico-économiques, lesquelles s’intéressent à la place du médicament ou du dispositif dans le système de santé. C’est essentiel d’avoir ces deux visions.
 
Selon vous, quelle place doivent avoir les pratiques innovantes comme la télémédecine ou la médecine prédictive dans notre système de santé ?
A. B. : À titre personnel, je m’interdis d’avoir un avis préconçu sur l’utilité de telles ou telles pratiques ou innovations. C’est le travail des commissions de la HAS de les évaluer. Nous avons un rôle à jouer sur nos procédures d’évaluation pour qu’elles soient suffisamment dynamiques et adaptées aux innovations. Un certain nombre de critères ont été rédigés pour des dispositifs médicaux ou des médicaments. L’émergence de la télémédecine, de la génomique, etc. s’accompagne d’un changement de paradigme qui nous oblige à revoir nos procédures d’évaluations.
 
Quelle est la place des chirurgiens-dentistes dans l’organigramme de la HAS ?
A. B. : La HAS compte un chef de projet qui est chirurgien-dentiste. Mais sur les sujets d’évaluation des actes ou de dispositifs ou l’élaboration de recommandation de bonne pratique, la HAS s’appuie sur des groupes de travail composés d’experts. Parmi ces experts, en fonction du thème, il peut y avoir des chirurgiens-dentistes. L’important est d’être en capacité de s’appuyer sur ces experts pour nous aider à prendre les bonnes décisions. Les chefs de projet animent et coordonnent les groupes. Ils n’ont pas vocation à rendre seuls des avis.
 
À la suite d’une demande déposée par la CNSD et l’ADF, la HAS a signifié son refus d’évaluer des actes non remboursés. Cela signifie-t-il que seuls les actes portés au remboursement sont évalués ? Quid des actes médicalement justifiés, mais hors remboursement ?
A. B. : Notre service d’évaluation des actes professionnels (SEAP) n’évalue les actes que pour leur admission au remboursement. C’est la doctrine. Cela comprend les actes médicaux, paramédicaux, de biologie, etc. Le seul fait de rendre ce service à la CNAM est une mission extrêmement chronophage. Pour l’instant, la HAS ne s’est jamais posé la question d’évaluer ex nihilo des actes qui n’ont pas vocation à être soumis au remboursement. Il peut nous arriver de rendre un avis sur les actes pratiqués dans le cadre des recommandations de bonne pratique. S’il y a un enjeu de santé publique ou une dérive de pratiques sur des actes communément appliqués même s’ils ne sont pas remboursés, le service de recommandations de bonne pratique peut être saisi ou s’autosaisir.
 
La profession de chirurgien-dentiste a un haut niveau d’exigence en matière de qualité et de sécurité des soins. Selon vous, comment valoriser ces efforts auprès du grand public ?
A. B. : Nous avons un a priori très favorable sur la profession et notamment pour les experts avec lesquels nous avons travaillé. De manière générale, la HAS prône la transparence. C’est un mode pédagogique efficace pour faire la promotion d’une profession.


 
 

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