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Citoyens et employeurs

mf gondard_2011En 1945, les fondateurs de la Sécurité sociale ont imaginé un système de protection reposant sur la solidarité, pour que « chacun contribue suivant ses moyens et l'utilise suivant ses besoins ».

67 ans plus tard, la solvabilisation de nos régimes sociaux pose la question de la pérennité de notre modèle social. En cette période d'élection présidentielle, les candidats ou leurs appareils se contorsionnent pour expliquer aux Français que tout a changé et qu'une réforme est aujourd'hui obligatoire.


Nous sommes, nous, chirurgiens-dentistes, à la fois des citoyens et des employeurs, et participons par nos cotisations et nos impôts au financement du système. Nous sommes aussi réalisateurs d'actes qui sont pris en charge, pour un tiers environ, par les assurances obligatoires et pour deux tiers par le patient.

L'heure étant aux économies, nous supporterons, en tant que citoyens, l'augmentation des prélèvements et, en tant que chirurgiens-dentistes, nous subirons les effets de la crise.

 


Sauf que la crise, nous la subissons, depuis plus de trente ans, avec un désengagement progressif de la Sécurité sociale, dans la prise en charge des soins dentaires. La profession, non seulement, fait face aux obligations toujours plus nombreuses, s'adapte et travaille toujours plus pour répondre à la demande croissante, mais a aussi modernisé son outil de travail pour assurer qualité et sécurité aux patients. Résultat : un mépris et un manque de reconnaissance qui ne sont plus acceptés par les praticiens.


Au moment où s'engagent des négociations avec l'Uncam et l'Unocam, nos interlocuteurs seraient bien inspirés de comprendre que trop c'est trop, et que le point de rupture n'est pas loin. En se cachant derrière des déficits dus en grande partie à des options politiques douteuses et en ne voulant pas reconnaître que notre profession se montre responsable face aux besoins de santé de nos concitoyens, ils organisent eux-même la pénurie, le renoncement aux soins et les dérives. De tels objectifs ne sont pas dignes. Négocier, certes, mais en respectant les acteurs.


Annoncer que les caisses sont vides ne fait pas le quotidien de nos jeunes praticiens qui veulent vivre correctement de leur travail et avoir une lisibilité sur leur avenir. Est-ce un objectif démesuré ? Veut-on encore des chirurgiens-dentistes libéraux pour assurer les soins dentaires dans notre pays ? Veut-on laisser la santé bucco-dentaire être le parent pauvre de la Santé ?

Si oui, il n'y a qu'à continuer à clamer qu'il n'y a rien pour le dentaire et calculer à court terme. À long terme, ce sera une autre

histoire. Toutes les pathologies que nous prévenons en assurant les soins dentaires seront génératrices de coûts supplémentaires pour la collectivité et pèseront encore plus sur les déficits si le réalisme ne l'emporte pas sur la démagogie.


Arrêtons de taper sur les thérapeutes et investissons enfin sur les soins précoces et conservateurs. Là sont les vraies réponses mais elles demandent du courage politique. En ces temps électoraux, ce n'est peut-être pas une vertu bien répandue. Pourtant, il y a urgence !