Régulation ou dérégulation ?

 

cm aout2014 2Vous voulez avoir une liberté tarifaire totale ?
Vous êtes pour la dérégulation.


Mais vous voulez que la Sécurité sociale et les complémentaires remboursent ?
C’est de la régulation.


Vous voulez circuler librement en Europe ? Partir vous installer facilement ailleurs ? Dérégulation.


Oui, mais vous voulez que les praticiens étrangers ne viennent pas en France… Vous êtes donc pour la régulation.


Vous êtes pour la suppression de la Sécurité sociale et du tarif d’autorité… Dérégulation.


Oui, mais vous voulez quand même du remboursement… Donc, vous êtes pour la dérégulation régulée ? Cela devient peu cohérent.


Vous estimez que la reconnaissance automatique des diplômes européens pose problème et qu’il faudrait la contrôler… Régulation.


Nombre de chirurgiens-dentistes, comme de Français, accumulent les contradictions et souhaitent la régulation quand elle les protège et la dérégulation quand elle les avantage.


Il y a également contradiction entre la vision de l’usager et celle du professionnel : quand on est usager, on prône une concurrence qui fait baisser les coûts, ainsi qu’une prise en charge totale. Quand on est professionnel, on change de casquette, et on applique l’axiome L’Oréal : « parce que je le vaux bien ».
On frôle la schizophrénie…


Notre système de santé est régulé et les accords tarifaires avec les professionnels de santé en sont un des piliers. Ceux qui estiment que cette régulation tarifaire les lèse peuvent ne pas y adhérer en se déconventionnant.
C’est une liberté fondamentale qui doit être utilisée par ceux qui veulent entrer dans un système complètement concurrentiel.


Preuve que le système conventionnel est attractif : le flux de praticiens étrangers vers notre pays, bien plus massif que celui des Français qui partent vers d’autres cieux.
Choc entre la régulation protectrice et la dérégulation qui nous fragilise… Car, si la courbe des arrivants continue à croître, si les différences de niveau de qualifications s’accentuent, ce sera l’économie des cabinets dentaires et la qualité sécurité des soins qui seront mises à mal.


La CNSD a toujours défendu la contractualisation avec les assureurs obligatoires et complémentaires, car elle est protectrice pour les praticiens et les patients. Mais elle doit être incitative et non punitive, comme le règlement arbitral qui nous est imposé depuis le 1er avril 2017.


Ce qui pose problème pour la médecine buccodentaire, c’est la régulation totale sur 80 % du volume de nos actes à des tarifs bien trop bas, et la dérégulation sur l’autre partie sans laquelle nos structures ne pourraient pas vivre et investir.
Financeurs et soignants y ont trouvé des avantages, mais les réseaux et les low-costs de la « régulation concurrentielle » faussent la donne et fragilisent notre exercice, en régulant insidieusement la part dérégulée.


Il faut donc évoluer vers plus de cohérence tarifaire en se donnant les moyens de tirer le système vers le haut. Pour certains, cela passe par plus de dérégulation, et pour d’autres, moins. L’État, lui, a choisi d’aller vers plus de régulation. À la CNSD de trouver, dans la nouvelle négociation conventionnelle, le meilleur équilibre possible.


L’objectif sera donc d’orienter, dans un cadre financier contraint, vers des choix thérapeutiques en phase avec une dentisterie d’avenir, tout en évitant le choc brutal d’une « révolution des pratiques ».

 

Dr Catherine Mojaïsky
Présidente
@chmjsk

 

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