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Le stress, ami ou ennemi ?

21 Déc 2018 | Actualités

« Gérer votre stress » : l’intitulé de la séance événement du récent Congrès de l’ADF, organisée le 29 novembre, parle à chacun. Le stress est en effet une donnée consubstantielle de l’exercice en  cabinet dentaire. D’où la nécessité d’apprendre à en faire un allié.

 

 

«Le stress, c’est la vie », lance, un  brin provocateur, Patrick Légeron,  psychiatre et spécialiste des  risques psychosociaux au travail. Plus précisément, « c’est un phénomène naturel, une  réaction d’adaptation à l’environnement, à  une adversité qui nous menace, qu’elle soit  physique ou psychosociale. Et ce, afin de développer toutes nos ressources pour faire  face à ce stresseur. Le stress n’est donc pas  une maladie. Il est nécessaire, utile et inné. »

Certes, mais point trop n’en faut. En clair, le stress est affaire de bon dosage. Il faut qu’il soit optimal pour favoriser la santé et  la performance. Pas assez de stress, et  c’est le bore out. Trop de stress et c’est le  fameux burn out, lequel ne survient pas  brutalement, mais, au contraire, s’installe progressivement. De fait, lorsque le niveau de stress est trop important, on entre dans un état d’hyper-stress. Si ce dernier est transitoire  et ponctuel, parce que généré par une situation extrême, il n’y a pas péril en la demeure. S’il devient chronique, l’hyperstress  vire au burn out, pathologie avec son lot d’effets délétères.

Ce n’est pas un simple épuisement : il se caractérise par  la dépersonnalisation et la déshumanisation  de celui qui en est atteint, littéralement  par un « cramage » des émotions.

 

Un environnement de plus  en plus hostile

« Les facteurs de stress sont de plus en plus  nombreux et de plus en plus puissants, comme si le stress était un mécanisme utile  qui avait dépassé son but. Parallèlement, nos contemporains acceptent de moins en  moins la souffrance », résume le Dr Légeron.  En somme, la société s’avère oppressante et anxiogène. Au point que selon l’Organisation mondiale de la santé, le stress est  en passe de devenir le premier danger de  santé au travail, toutes les professions y  étant soumises à des degrés divers. Ce qui signifie que l’origine du stress est de plus  en plus psychosociale alors que « notre structure d’homo sapiens nous a surtout  construits pour affronter le stress physique », rappelle Patrick Légeron.

Les professionnels de santé en savent quelque chose, eux qui sont parmi les plus  touchés et les plus exposés, même si très  peu d’études épidémiologiques sur le sujet  permettent de quantifier finement la chose. Néanmoins, celle qui a été publiée en avril dernier par le Conseil de l’Ordre des chirurgiens- dentistes révèle que sur 6 800  confrères interrogés, 2 378 se déclaraient en état d’épuisement professionnel. Avec, de surcroît, un grand nombre d’entre eux qui refusent l’évidence.

Pourtant, en la  matière, il convient de « faire extrêmement  attention à soi-même, avertit le Dr Légeron. Les soignants sont largement dans le déni  quand il s’agit d’observer leurs propres  réactions au stress. Et refuser de pouvoir  stresser, c’est s’interdire de trouver des solutions. » Un tel refus, en l’occurrence d’admettre  qu’un professionnel de santé puisse être stressé, fatigué et commettre des erreurs, «est actuellement dans l’ADN de  la dentisterie, laquelle base tout sur la technique », déplore Franck Renouard, chirurgien- dentiste à Paris et spécialiste du stress en cabinet dentaire.

 

Quand survient-il ?

L’état de stress survient lorsqu’il y a un déséquilibre  entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement, et sa perception de ses propres  ressources pour y faire face. « Le stress est  une balance et est donc relatif. C’est un problème d’équilibre entre ce que l’on pense  être le problème et la capacité que l’on pense avoir à y faire face, résume le Dr Renouard. Ce qui signifie que chez l’homme, 90 % du  stress est endogène. On se le crée alors que le danger n’est pas (encore) là. On le surestime. »

Exemple : la perspective de  recevoir dans la journée un patient problématique et/ou désagréable. Et face au stress, il y a deux façons de réagir : soit l’agressivité (le combat), soit la peur (la fuite).

 

La physiologie du stress

En simplifiant, le cerveau se compose de  trois grandes zones :

  • la structure postérieure, qui nous protège  en faisant office de garde du corps, mais  également en gérant la faim, la soif et la  reproduction. Elle nous fait réagir de manière réflexe ;
  • le cerveau limbique, qui fait office d’administrateur dans les situations de routine, par exemple quand on pense à autre chose qu’à ce que l’on est en train de  faire, soit 80 % du temps. En outre, cet  administrateur gère la mémoire et les relations sociales ;
  • le préfrontal, qui est la partie créative du cerveau.

En cas de situation de stress, l’organisme  va tout mettre en œuvre pour améliorer la  capacité de la personne à se défendre ou  à fuir. Les autres fonctions deviennent alors  inutiles. D’où la bouche qui s’assèche, l’audition qui diminue, le champ visuel qui se rétrécit, les extrémités du corps qui se refroidissent  et, inversement, le rythme cardiaque  et la respiration qui s’accélèrent,  par exemple.  Au niveau cérébral, quand on est confronté  à un danger réel ou supposé en cabinet, il n’est plus temps d’activer le circuit de prise de décision traditionnel, lequel est, par  essence, complexe et analytique.

La structure  postérieure va au contraire prendre le  commandement du cerveau et ne va pas  faire dans la dentelle puisqu’il s’agit, rappelons- le, de sauver la personne. Le cerveau  limbique, lui, va perdre de sa capacité de travail de même que le préfrontal qui, en temps normal, a vocation à trouver des solutions  pour sortir de situations complexes.  Les conséquences sont alors évidentes pour un praticien : le stress le conduit à prendre des décisions moins opérantes, avec un  minimum d’engagement, ce qui accroît d’autant  la gravité de la situation et donc le stress.  Bref, c’est l’engrenage infernal.

Que faire et comment ?

Panorama non exhaustif des solutions à mettre en place pour être  le moins possible la proie du stress en cabinet, mais aussi, tout simplement, au quotidien.  Que faire et comment ?

Dans la vie

« Ce ne sont pas tant les sources de stress qui sont responsables de la problématique  mais la manière dont on va réagir. D’où le concept de gestion du stress », énonce le Dr Patrick Légeron. Sachant que le stress a un triple impact sur l’individu, au plan physiologique, psychologique et comportemental.  Dès lors, la gestion du stress  repose sur le développement de compétences à ces trois niveaux :

  • Les compétences physiologiques consistent à utiliser au quotidien, mais également avant, pendant et après une échéance, les techniques de relaxation, laquelle provoque des réactions à l’exact opposé de celles générées par le stress. L’objectif est de mettre temporairement le corps au repos et partiellement l’esprit aussi.
  • Au plan psychologique, éviter d’alimenter des pensées (dramatisation, exigence de la performance…) et des émotions négatives (peur, colère, découragement, tristesse…), quitte, pour cela, à effectuer un travail de psychologie cognitive sur sa personnalité et ses propres attentes. En effet, le stress dépend de l’évaluation que chacun fait de la situation. Il faut générer des  émotions positives, être optimiste et bienveillant, rire. Plus facile à dire qu’à faire, certes, mais « le volontarisme, ça s’apprend », assure le Dr Légeron. Par exemple, en programmant des activités plaisantes et en cultivant d’autres centres d’intérêt que le travail, qui n’est pas tout dans la vie.
  • Pour ce qui est de la dimension comportementale, il convient de développer des  attitudes qui n’ont trait ni à l’attaque ni à la fuite, mais à l’affirmation de soi face aux autres. Notamment en étant capable de dire non à un patient, de lui adresser une critique, etc. Plus que de se plaindre du stresseur, il est préférable d’apprendre à  faire avec et de savoir cloisonner pour mieux se concentrer.

 

 

Deux autres facteurs de protection sont  incontournables pour appréhender plus aisément le stress :

  • Prendre soin de soi en adoptant une  hygiène de vie, ce qui implique de veiller à son sommeil et à son alimentation, mais également d’avoir une activité physique, laquelle augmente la résistance au stress ;
  • Avoir un soutien social, c’est-à-dire la  possibilité de se confier et de partager ses  difficultés pour avoir le sentiment d’être  entendu et compris par les autres.

 

Au cabinet

« Ce qui est stressant chez nous, c’est rarement  l’acte en lui-même. C’est l’acte dans un contexte particulier, lequel est souvent  mal maîtrisé. La majorité du stress au cabinet dentaire n’est pas liée à la difficulté de  nos soins, mais à la gestion inefficace des  événements indésirables », rappelle en  préambule le docteur Franck Renouard.

 

Pour lire l’article en entier RDV sur le CDF n°1825-1826