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Enquête UNECD, le bien-être des étudiants

11 Nov 2018 | Actualités

UNECD EnqueteL’UNECD a présenté, lors de son congrès organisé fin octobre, les résultats de son enquête nationale sur le bien-être des étudiants en odontologie. Aperçu.

«Depuis quelque temps, nous avons décelé dans les facultés un état croissant de mal-être et une réelle demande des étudiants pour qu’on leur vienne en aide. » Ce constat a incité l’Union nationale des étudiants en chirurgie dentaire (UNECD) à lancer, via la plateforme Google Form®, une enquête, basée sur des questionnaires scientifiquement validés dont le PHQ-9 (pour « Patient Health Questionnaire »), auprès des étudiants des seize UFR d’odontologie de France. Intitulée « Votre bien-être, parlons-en », elle a recueilli les réponses de 44,63 % d’entre eux (soit 3 146). Les résultats sont édifiants.

 

Le stress, compagnon du quotidien

Le mot qui qualifie le mieux l’état d’esprit des sondés est le stress. Un terme qui arrive en première position, plus des trois quarts d’entre eux affirmant être souvent ou très souvent stressés ou anxieux. Par ailleurs, 11,7% se disent démotivés.

Conséquence : on peut supposer, d’après les critères du DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), la présence d’une dépression modérée liée aux études chez plus de 25 % des étudiants. En outre, un étudiant sur quatre a eu recours à des stupéfiants (cocaïne, cannabis, amphétamines, etc.) ou à des psychotropes (antidépresseurs, hypnotiques, anxiolytiques, etc.) pour se calmer, trouver le sommeil, aller mieux moralement ou encore, pour améliorer ses performances. Pis, 37 étudiants ayant rempli le questionnaire de l’UNECD pensent presque tous les jours « qu’il vaudrait mieux mourir ou envisager de se faire du mal d’une manière ou d’une autre ». Enfin 14,88 % des sondés reconnaissent avoir dû consulter un professionnel de la santé mentale dans le cadre de leur cursus.

 

Une vie sociale qui se dégrade

Le bien-être physique et mental mais également la vie sociale à l’extérieur des murs de la fac se dégradent, selon l’étude. Ainsi, plus d’un étudiant sur quatre a déjà renoncé à des soins par manque de disponibilité. En outre, 63,4 % ont été contraints d’arrêter ou de diminuer leurs activités extrascolaires (sportives, culturelles, etc.) à cause de leurs études. Aussi, lorsque les répondants évaluent leur bien-être sur une échelle de 0 (totale insatisfaction) à 10 (totale satisfaction), le score moyen de bien-être n’est que de 5,72 en faculté et de 4,97/10 en centre de soins. Les griefs anxiogènes sont connus.

En faculté, il s’agit, du plus cité au moins cité, de la possibilité du redoublement (alimentée par le stress dû à la notation des travaux pratiques, à la pression exercée sur la rapidité d’exécution des gestes, au manque d’explications et à l’absence de barème connu); du nombre d’examens en fin de semestre ; et enfin des relations enseignants- étudiants.

Quant à ce qui impacte le plus le moral des étudiants en centre de soins, il s’agit des quotas cliniques (nombre d’actes à réaliser pour valider son année), qui, selon les étudiants, ne favorisent pas l’apprentissage et génèrent le sentiment de devoir négliger la relation avec le patient. Puis apparaissent le ratio personnel enseignant/ étudiants, la disponibilité du matériel, les relations enseignants/étudiants et, enfin, la crainte du redoublement. Au final, la moitié des étudiants considèrent qu’ils ne sont pas suffisamment préparés aux actes thérapeutiques et à la relation patient-praticien avant l’entrée en clinique.

 

Des relations compliquées avec les enseignants

Le plus surprenant est peut-être la qualité des relations avec les enseignants. Celle-ci a été évaluée en moyenne à 5,3 à la faculté, et à 5,5 en centre de soins. Des scores plutôt bas. De nombreux répondants assurent, en effet, avoir été victimes ou témoins d’actes ou de paroles déplacés d’enseignants. 843 étudiants expliquent ainsi avoir été victimes ou témoins de sexisme à la faculté tandis que 70 % des sondés certifient avoir été l’objet ou témoins de dévalorisation/d’infériorisation dans les centres de soins.

Propositions de l’UNECD

En complément de cette enquête, l’UNECD suggère plusieurs pistes pour améliorer la qualité des études de dentisterie.

 

1 – La mise en place d’une écoute des étudiants

Il s’agirait notamment d’organiser dans chaque faculté, sur un rythme au minimum bimestriel, des réunions avec les représentants étudiants, le doyen et le ou les chefs de service pour faire un état des lieux de ce qui pourrait être amélioré. Ces rendez-vous seraient l’occasion de repérer les étudiants ayant besoin d’aide et de discuter ensemble des solutions à leur proposer, quitte à former les enseignants et le personnel au dépistage des signes de souffrance mentale.

 

2 – La fin du tabou des discriminations

Les doyens et les chefs de service sont invités à rappeler, à chaque rentrée, à tous les étudiants et au personnel que ni le sexisme ni les discriminations ne sont acceptables et que les personnes qui en sont témoins ou victimes doivent le faire savoir, avec, à la clef, de véritables sanctions pour leurs auteurs.

 

3 – Un changement du système de notation

Il s’agit d’initier, dans chaque faculté et centre de soins, une réflexion sur la validation des acquis et des compétences.

 

4 – Une communication éclaircie sur le sujet du redoublement

Chaque étudiant doit avoir à sa disposition, au cours de son année scolaire, les éléments de suivi pédagogique lui permettant de se préparer à un potentiel redoublement. Par ailleurs, tout redoublant doit pouvoir connaître les raisons de son redoublement.

 

5 – Une meilleure préparation des étudiants à la relation patient-praticien

L’objectif est de développer les enseignements sur ce sujet en préclinique et d’assurer un meilleur accompagnement de chaque étudiant lors de sa première prise en charge ou lors de prises en charge difficiles.

 

6 – Une aide au maintien d’une bonne qualité de vie

Cela passe par des emplois du temps qui permettent à tous d’avoir une activité sportive ou culturelle ou d’honorer des rendez-vous médicaux. Autre impératif : proposer une prévention relative à l’importance de l’activité physique, du sommeil, etc.

7 – Une évaluation annuelle, dans chaque faculté, des mesures mises en place

En octobre, l’UNECD a profité de la Conférence des doyens et de celle des chefs de service pour alerter les intéressés de l’ampleur du problème. Il est prévu qu’elle se rende dans chaque faculté pour y rencontrer les doyens et les chefs de service afin de leur présenter les résultats de l’enquête et les dysfonctionnements propres à leur établissement. Objectif : mettre en place de manière concertée des dispositifs destinés à améliorer la situation.

Edouard Lequertier, nouveau président de l’UNECD

« On ne peut être que surpris par ces résultats et la gravité de ce qu’ils donnent à voir. Au point de se demander comment il est possible de se sentir si mal pendant ses études. Par ailleurs, il est très étonnant de voir que des enseignants s’autorisent des remarques sexistes ou des actes d’infériorisation. Si les conditions sont difficiles pour certains étudiants, cela est très faculté-dépendant. Cette enquête permet de faire un constat à un instant T pour nous permettre d’aller appuyer nos revendications dans les différentes facs. Les doyens et les chefs de service sont également surpris par ce sondage. On assiste à une véritable prise de conscience de leur part, et l’on sent une volonté réelle de travailler avec nous sur cette problématique. Notre souhait est d’améliorer les choses avec eux et non pas d’être dans une opposition frontale. Plus largement, la promotion de l’épanouissement de chaque étudiant et la défense de ses intérêts seront l’un des axes de mon mandat. »