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Découverte du système bucco-dentaire nippon 

16 Déc 2018 | Actualités

Efficience, espérance de vie… Le système de santé japonais fait partie des meilleurs au monde. Quid des soins bucco-dentaires ? Réponse avec le Dr Ariane Bonnel, chirurgien-dentiste et auteure d’une thèse sur le sujet*.

Chirurgien dentiste au Japon

Le système de santé bucco-dentaire japonais ressemble à bien des égards à celui de la France. « Les principales similitudes se retrouvent dans le système d’assurance maladie national universel, commence Ariane Bonnel. 70 % des actes du panier de soins**, dont les tarifs sont fixes, sont remboursés. Les 30 % restants sont à la charge du patient. Seule différence, les japonais ont peu recours à des assurances privées pour la prise en charge du ticket modérateur. Mais le tiers-payant généralisé permet de ne pas avancer de sommes trop importantes. »

 

11,71 euros pour une extraction compliquée

Au Japon, les actes contenus dans le panier de soins sont peu rémunérateurs (les traitements chirurgicaux et conservateurs, ainsi qu’une partie des traitements prothétiques et parodontaux). Une avulsion simple d’une dent antérieure est facturée environ 3,83 euros (opposables). Et il faut compter 11,71 euros pour une extraction compliquée***. « Le chirurgien-dentiste peut pratiquer un dépassement d’honoraires sur des actes du panier de soins s’il a recours à une technique particulière, précise Ariane Bonnel. Mais ce ne sera pas pris en charge par l’assurance maladie. » Pour les actes hors du panier, à tarifs libres, les prix peuvent flamber (traitements orthodontiques et implantaires, mais aussi certains soins prothétiques et parodontaux). Enfin, chaque étape du soin bénéficie d’un tarif propre. Il n’y a pas de tarif pour un acte global comme c’est le cas en France. « Il est courant de revenir cinq ou six fois pour un traitement endodontique de molaire ou une carie, rapporte Ariane Bonnel. Le planning des cabinets dentaires est souvent fractionné par demi-heure, et ce, quelle que soit la nature du soin. »

Traiter plus que prévenir

France et Japon ont en commun des systèmes « qui privilégient le traitement à la prévention », relève Ariane Bonnel. Ce qui n’empêche pas les populations des deux  pays d’afficher une bonne santé buccodentaire. L’indice CAO**** moyen à 12 ans est de 1,2 en France et de 1,7 au Japon (2006). Quant aux taux d’édentement des personnes de plus de 75 ans, il est de 16 % en France (2000) et de 21,3 % au Japon (1999). En matière de prévention, le gouvernement japonais a lancé en 1989 une campagne dont l’objectif « est de donner les moyens à la population japonaise d’atteindre l’âge de quatre-vingts ans avec vingt dents saines en bouche et donc une efficacité masticatoire convenable ». Plus récemment, en 2011, une loi pour la promotion de la santé bucco-dentaire est également entrée en vigueur. Globalement, ces mesures permettraient notamment de mener des actions auprès des plus jeunes (visite obligatoire à 18 mois, 3 ans et une fois par an tout au long de leur scolarité, programmes d’éducation à la santé orale, etc.) et des plus âgés (prise en charge par l’assurance maladie des consultations de contrôle pour les plus de 75 ans). Des articles scientifiques évoquent « des améliorations significatives telles que l’augmentation du nombre de dents saines restantes en bouche, de la fréquence des visites de contrôle, la diminution du nombre de caries chez les enfants… », indique Ariane Bonnel, précisant avoir toutefois peu de visibilité sur le sujet. « À ma connaissance, il n’y a pas de campagne d’envergure, précise quant à elle Misato Parrochon Sugawara, chirurgien-dentiste à Tokyo (lire interview ci-dessous). Et c’est regrettable ! Seules quelques municipalités offrent, chaque année, un bilan bucco-dentaire à leurs habitants. ».

*Ariane Bonnel, Le Système de santé bucco-dentaire japonais. Thèse pour le diplôme d’État de docteur en chirurgie-dentaire, sous la direction du Dr Marion Lucchini, Lyon, université Claude-Bernard Lyon I, 2016.

** Le contenu de ce panier de soins est discuté tous les deux ans par des représentants des professionnels de santé, des assureurs publics et des citoyens japonais. Le ministère de la Santé statue sur la composition définitive du panier de soins et leurs tarifs.

*** Selon le taux de change du 1er janvier 2016, soit 1 € pour 130,62 ¥.

****Indice CAO (Cariées, Absentes pour cause de carie et Obturées définitivement) : nombre total des dents cariées, absentes pour cause de carie et obturées définitivement au sein d’une population donnée, divisé par le nombre de personnes examinées.

L’explosion démographique de la profession

 

« Les Japonais ont coutume de dire qu’il y aura autant de cabinets dentaires que de konbinis, ces épiceries ouvertes 24h/24 que l’on trouve à tous les coins de rue », rapporte Ariane Bonnel. De fait le nombre de chirurgiens-dentistes est proche des 110 000, ce qui équivaut à 82 praticiens pour 10 000 habitants. 

Au Japon, pas de numerus clausus. L’entrée dans l’une des vingt-neuf universités odontologiques (onze sont publiques, dix-sept privées et une préfectorale) se fait sur un concours qui diffère selon le statut de l’établissement. Le candidat doit avoir 17 ans au minimum, être diplômé du lycée et être en mesure de s’acquitter de droits d’inscription élevés. « Il faut compter 77 859 euros par an pour une université privée et environ 8 420 euros par an pour une université publique ou préfectorale », indique Ariane Bonnel. Si la chirurgie dentaire a longtemps été considérée comme un métier attractif avec un statut et un revenu confortable, l’explosion démographique que connaît la profession et ses conséquences économiques changent un peu la donne. En témoigne le nombre de candidatures déposées pour intégrer les universités odontologiques, qui est passé de 16 664 à 8 671 entre 2005 et 2009. Aujourd’hui, certaines universités privées risquent la banqueroute tant le nombre d’étudiants décroît. « Mais elles forment encore trop de professionnels en comparaison avec les besoins réels de la population, et ce malgré les politiques de diminution engagées par le gouvernement », analyse Ariane Bonnel.

 

Des cabinets en faillite

Les faillites guettent aussi les cabinets. La démographie des chirurgiens-dentistes est telle qu’elle génère une très forte concurrence, qui conduit même certains praticiens à ouvrir leur cabinet 24h/24 et 7 jours/7 et/ou à proposer des coûts réduits. D’autres préfèrent jouer la carte de la spécialité et de l’offre haut de gamme pour une patientèle plus fortunée. La question de la surpopulation se pose essentiellement dans les grandes villes. Du fait « de la libre installation des professionnels de santé, d’un revenu moyen plus faible chez la population rurale, les praticiens, notamment lorsqu’ils proposent des traitements non pris en charge par le système d’assurance, préfèrent s’installer en zone urbaine », détaille le Dr Bonnel. Et d’observer : « L’abondance de l’offre a poussé certains praticiens à s’installer en zones sous-dotées. »

Article complet à lire dans le CDF n° 1824

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